L’Audace selon Anne Roumanoff

Dites nous tout Anne, pour vous qu’est-ce que l’Audace?
C’est une question de courage, de dépassement de soi !

Rentrer à 17 ans à Science Po Paris tout en suivant des cours de théâtre, tester ses sketchs au club Med à l’âge de 20 ans, vous êtes une vraie Audacieuse n’est-ce pas ?
À l’époque, je ne réalisais pas que c’était audacieux. J’ai toujours été soucieuse de mon avenir, alors les grandes écoles, le Conservatoire de Théâtre, je le faisais plus par peur du chômage que par audace. Par contre, quand j’essayais de gérer mes peurs, là, j’étais audacieuse! Il faut dire que les Sketchs n’étaient pas du tout à la mode et qu’être comique, c’était du sous art! Du coup, au Club Med, quand j’ai demandé si je pouvais tester mes sketchs, le chef a eu tellement peur que je plante qu’il m’a demandé si je pouvais me présenter comme une GM. Comme ça, si c’était nul, il était dédouané!

Aujourd’hui, que penserait la jeune Anne de Mme Roumanoff ?
Il y a des choses que j’ai réussies, d’autres que j’ai ratées, mais je pense qu’elle serait contente de moi. Ça fait quand même 27 ans que je fais ce métier, j’en ai vu passer des comiques qui voulaient me passer devant et qu’on ne connait plus maintenant ! Je pense qu’elle félicitait mon côté hargneuse, cette femme qui ne lâche jamais, qui a toujours envie de travailler et d’avancer… D’ailleurs, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui je peux me retourner sur ce que j’ai fait. Après, comme j’ai toujours cette tendance à me faire du soucis, à anticiper l’avenir en posant pleins de questions, ces angoisses sont devenues mon moteur de travail. Si je m’étais endormie et que je m’étais contentée de me dire « Oh lala je suis merveilleuse, ma carrière est top » je n’aurais jamais fait tout ce que j’ai fait.

Le rouge, un choix Audacieux ?
Alors franchement, le choix est venu comme ça ! Je ne suis pas à l’aise sur scène quand je suis en noir, comme Piaf ou toutes les grandes femmes de scène. Le rouge, c’est une couleur qui me donne de l’énergie !

Le premier Olympia, en un mot ?
C’était en 1998. C’est une scène que j’adore car il y a vraiment des ondes là-bas ! Et puis c’est excitant, l’Olympia, c’est un vrai challenge!

En 2010, vous êtes l’humoriste préférée des Français, comment l’expliquez-vous ?
Un humoriste, ce n’est pas comme un politique : chacun a son public. Moi ce qui me fait plaisir, c’est d’être parmi les humoristes plus populaires dans les yeux des français. Après, que je sois la première, la deuxième, la dixième… Et puis pour qui ? Je ne dis pas que j’en ai rien à faire, j’aime mieux être 17 ème que 25 ème, mais les classements ne me rendent pas malade.

Y-a-t-il certains sujets que vous refusez d’aborder ?
Non aucun! Après, dans certains sketchs comme l’élue du Front National, je dis des choses pour faire réfléchir mais je n’ai jamais eu comme but de mettre les gens mal à l’aise car moi même, je suis mal à l’aise quand il y a un malaise. Certains comiques font cela très bien !

Le sketch le plus Audacieux ?
Justement, faire l’élue du FN c’est Audacieux ! Traiter des galères de la sexualité que personne ne veut avouer aussi ! Et puis le sketch de la prière, où je fais intervenir des membres du public, car dans ce cas, je me mets en danger.

Vous n’avez jamais eu peur de… ?
De m’imposer une grosse masse de travail, de me mettre dans des situations un peu dangereuses, par exemple : aller diner avec des amis alors que j’ai une chronique à écrire pour le lendemain. Dans ces cas là je dors 5 h, mais je me fais tout le temps peur avec des challenges de ce genre. Par contre, je n’ai aucun courage physique donc je ne pourrais jamais faire de delta plane ou de bateau en haute mer et je ne n’oserais jamais chanter sur scène : je chante comme une casserole !

Un conseil pour un jeune qui n’ose pas pas se lancer ?
Sois toi-même, comprends ce que tu as à dire, cherche ton originalité, et ensuite… ce sera à la grâce des Dieux ! Petite, je me répétais toujours « Quand on veut on peut » mais je ne suis pas sûre que ce soit vrai. Aujourd’hui, je me fie plus à cette phrase que j’ai lu il y a peu : « Quand on ne veut pas faire quelque chose, on trouve une excuse. Quand on veut vraiment faire : on trouve un moyen »

A la fin de votre spectacle Anne Rougemanoff, vous prenez une minute pour rappeler que vous n’avez pas toujours été encouragée et que peu de gens croyaient en vous. Que pensez-vous avec du recul ?
Il y a eu de vrais moments difficiles professionnellement, mais j’ai toujours travaillé et je gagne ma vie depuis que j’ai 22. Et puis après, il y a eu des difficultés personnelles bien sûr. Maintenant que je suis dans la cinquantaine, je me dis souvent : « Quand même, Anne, est-ce que tu as assez profité de la vie » ? J’ai l’impression d’avoir passé trop de temps à me faire du soucis, trop de temps à anticiper sans penser à savourer. Quand j’avais énormément de succès, je n’en voyais même pas la mesure. J’avais tellement peur que je ne voulais pas m’arrêter pour regarder ce que ça faisait. C’est quelque chose de dangereux, de violent ! Je me dis que la prochaine fois où j’aurai autant de succès, je prendrais le temps de respirer, de regarder et de me rendre compte. Et puis maintenant que mes enfants sont grands, je me dis aussi que ça va tellement vite… Enfin ça…C’est ce que disent tous les parents, pas vrai ?