L’Audace selon Carmen M. Vega

Boris Vian a dit : « C’est facile d’être audacieux dans ce pays; il n’y a qu’à dire ce que tout le monde peut voir en s’en donnant la peine ». Et vous Carmen, quelle est votre définition de l’Audace ? L’Audace c’est d’être soi quand tout le monde s’attache à plaire à quelqu’un d’autre ! Dans mon métier, l’Audace c’est d’être sincère, de travailler dans l’entraide et de bousculer les codes.

Vous connaissez intimement Boris Vian puisque vous avez repris ses chansons dans un album. Une rencontre en musique plutôt Audacieuse non ? Oui plutôt Audacieuse ! Boris Vian a été ma première fenêtre sur la musique française, ce n’était pas Brel, ni Piaf ou Brassens mais Vian. Vian c’était l’audace d’être multi-artistique. Boris Vian était tout, il ouvrait le champ des possibles avec les surréalistes, il avait une vraie dynamique de partage. Et puis au bout de 8 ans de tournée, beaucoup de fatigue accumulée, j’ai eu envie de faire autre chose, de faire une pause dans les compositions. Ça m’a fait un bien fou ! C’était une période bénéfique qui faisait du bien à l’âme et aux envies. Un moyen de se mettre en danger aussi, de créer autre chose à partir de l’art de quelqu’un d’autre.

Qui est Carmen Maria Vega ? Dans l’époque actuelle, c’est une artiste anti-conformiste. Je ne connais pas mon univers et je n’aime pas tellement le définir. J’ai envie d’être partout ! Être anti-conformiste c’est aimer être partout. Aimer mettre des énergies rock dans mes albums alors que le prochain album sera composé de bonnes ballades. Qui dit que mon quatrième album ne sera pas de la samba ?

Vous commencez votre carrière musicale avec une tournée de concerts dans toute la France sans même avoir sorti un album, c’est plutôt Audacieux non ? À l’époque, j’étais une inconnue. Je n’avais pas encore de répertoire musical et ce n’était pas encore la mode des EP. Donc on a fait des concerts et on a grossi en même temps que nos concerts avec plus de 150 dates en 3 ans, ça a été épuisant ! L’Audace elle est là : je ne connaissais pas encore ce métier. Ce n’était pas naturel, on m’a foutu sur scène alors que je n’en avais pas forcément envie. (rire) C’était plus confortable d’être comédienne, parce qu’un personnage ce n’est pas vous. Le chanteur, lui, il se donne tel qu’il est. Chanter, c’est ouvrir son âme.

Travailler en couple, un choix risqué, Audacieux ? Je ne sais pas si c’est Audacieux, par contre d’y croire c’est Audacieux car on sait que l’ego de chacun se frotte et se rencontre. C’est toujours plus compliqué sur la longueur de travailler avec des amis ou son petit ami. Quand on dépasse la barrière de l’intimité et de l’affect ça devient toujours compliqué. Il y en a toujours un qui veut être devant et là j’étais devant alors que Max voulait y être aussi. Voilà on s’est séparés. Il avait besoin de chanter. D’ailleurs c’est ce qu’il fait aujourd’hui. Ça devenait invivable pour les deux. C’est aussi ça qui est très difficile, quand les egos grandissent.

Vous savez chanter, danser, jouer la comédie, faire les trois en même temps, la prochaine étape ? L’écriture d’un scénario autour de ma propre histoire personnelle. Ce sera sur le voyage que j’ai fait il y a 5 ans au Guatemala. D’où je viens. Treize jours d’investigations sur le pays pour découvrir des trafics d’enfants et des adoptions falsifiées. Cela m’anime complètement, la recherche de mon passé, de mon identité…Ce sera aussi le thème de mon prochain album. C’est ma prochaine étape de l’Audace, tout aussi flippante qu’excitante !

Est-ce que jouer dans une comédie musicale comme Mistinguett vous a donné envie de vous rapprocher du théâtre ? Ah oui ! Complètement ! (rire) Avant je travaillais avec des gens qui refusaient que j’aille ailleurs, j’ai été tellement bridée professionnellement. On est dans le théâtre musical plus que dans de la comédie donc j’ai une énorme partition de jeu. C’était surtout audacieux de la part des producteurs de faire confiance à une pièce pareille. On arrive tout juste au bout d’un an à imposer l’idée qu’on est dans le théâtre musical… Personnellement, ce n’était pas mon truc. On avait pas intérêt à me faire chanter des horreurs (rire) ! Une part de mon Audace c’est d’avoir imposé ce choix de ne pas accepter de chanter n’importe quoi !

Vous considérez-vous comme une Mistinguett des temps modernes ? Non, pas du tout ! Ce n’est pas la même époque, pas les mêmes drames, pas la même guerre ! À l’époque tout était à faire ! Elle a défendu la cause des femmes sans le faire exprès, prit le pouvoir en tant que chef d’entreprise, elle avait compris qu’il fallait se mettre en avant  en créant le concept d’égérie et de vedettariat, c’était déjà une artiste multi-fonction. Elle dansait, jouait, chantait (et pas très bien d’ailleurs). Quand je pose le costume de Mistinguett, je suis Carmen, la femme pas trop fan des autographes. Je ne suis pas une star du music-hall et j’ai d’ailleurs un peu de mal avec le regard des gens qui me mettent sur un piédestal (rire) !

Selon vous, qu’est-ce qui fait que vous êtes une Audacieuse ? Cette manière que j’ai de mener ma carrière, de refuser ce qu’on m’impose ou de faire ce qui m’emmerde. Si je n’ai pas envie, je n’ai pas envie. J’ai envie d’être moi, il faut me laisser être moi, c’est comme ça ! Je ne veux pas essayer de plaire à tout le monde. Mon Audace, depuis le début, c’est de faire ce que j’ai envie. Quel est l’intérêt de faire ce métier si on se lève le matin et qu’on a pas l’envie ?Je veux être heureuse là où je suis, sinon j’arrête.

La phrase que vous vous répétez souvent ? Une citation de Michel Audiard, qui vient des Tontons Flingueurs  : “Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît”. Comme les cons sont partout, qu’on les croise tout le temps, je le dis souvent ! On en voit au moins un par jour dans notre métier. (rire)

Que conseillez-vous aux chanteurs, interprètes ou musiciens en herbe, aux jeunes Audacieux ? De découvrir tous ces outils hyper chouettes qui permettent de faire de la musique aujourd’hui. Même si c’est un univers difficile, il faut essayer de ne pas être quelqu’un d’autre et de croire en soi. Ne jamais se fourvoyer dans quelque chose où l’on ne se reconnaît pas et persévérer pour être soi-même. S’il y a des obstacles, il faut les contourner ou grimper par-dessus !

Que dirait la jeune fille d’hier à la femme que tu es aujourd’hui devenue ? Sûrement : « Tu es comme tu as décidé d’être ! Bravo ! ». À vingt ans, je n’imaginais pas aller aussi loin et réussir à mettre les pieds un peu partout dans l’art. J’avais de grandes aspirations mais je n’arrivais pas à choisir. Je trouvais ça con de rester uniquement dans la musique ou dans le théâtre ! J’étais très inquiète de ces mondes séparés. Et puis dix ans de carrière c’est un joli symbole, parce qu’à vingt ans, je ne croyais pas tellement à la longévité !

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