L’Audace selon F-Xavier Demaison

Alors que vous suivez Le Cours Florent, votre intégration à l’IEP de Paris vous force à abandonner peu à peu le théâtre. Pourquoi ce choix de raison plutôt que de passion ? Au début, je me disais qu’il fallait que je me construise un bagage. C’est aussi cette peur classique de l’avenir. Et puis je me suis marié, j’avais des projets, il fallait quand même aller travailler !

Finalement, votre sérieux vous le rend bien puisqu’il vous amène à New-York où vous êtes nommé manager d’un grand cabinet d’Audit. Que ressentez-vous à ce moment-là ? J’étais heureux de partir à la découverte de New-York, c’était très valorisant car ce n’était pas rien. Mais je sentais que ce n’était pas ma place, j’avais un besoin viscéral de monter sur scène !

Au moment du déclic, à l’aube de quitter votre costume de fiscaliste, qu’est-ce qui vous passe par la tête ? J’avais une insatisfaction qui montait, je m’ennuyais au bureau, derrière mon ordinateur. J’écrivais mon premier spectacle en sous-marin et je me suis dit qu’il fallait que je me rende à l’évidence. J’ai posé ma démission, je suis rentré en France, j’ai fait des rencontres pour le mettre en place et j’ai commencé par jouer au théâtre du Gymnase devant 800 personnes, des copains, des copains de copains… Et dans la salle, il y avait Samuel Le Bihan qui a décidé de me produire et qui est devenu mon ami.

En investissant toutes vos économies dans votre premier spectacle, vous attendiez-vous à une telle carrière ? Oui ! J’étais sûr que ça allait marcher et de toutes façons je n’avais pas le choix car je n’avais plus rien ! C’était le saut dans le vide ! Je me souviens de certains jours où je partais à 6 h du matin pour jouer au théâtre du Rond-Point… J’avais une foi inébranlable.

Regrettez-vous de ne pas y être allé plus tôt ? Non ! Je n’ai aucun regret. Je me suis construit comme ça ! En plaquant tout à 29 ans et en faisant ce que j’avais à faire.

En 2001, vous assistez aux attentats du WorldTRADE Center depuis votre bureau à Manhattan, en quoi cet évènement vous a incité à sauter le pas ? J’ai eu une sorte de signe de destin. Je me suis dit que la vie était courte, beaucoup plus courte que ce qu’on pouvait imaginer. Que je ne voulais plus perdre ma vie à essayer de la gagner. Depuis ce jour, j’ai compris qu’il fallait suivre son envie et faire de sa vie une aventure.

Avez-vous déjà pensé à abandonner ou vous êtes-vous surpris à imaginer un retour dans un post rangé ? Jamais ! Aujourd’hui j’essaie de diversifier mes activités. En plus des tournages, j’ai créé une société de production. Le premier film documentaire, Mon Maître d’École, distribué au cinéma par Walt Disney, est prévu pour le 13 Janvier. À côté, je développe également des séries, des longs métrages… Et pour m’organiser, je retrouve la dimension du tableau Excel que j’avais quitté ! (rire)

Selon vous, est-ce plutôt le talent, votre motivation ou votre travail qui vous a mené jusqu’ici ? Le travail ! C’est une vie de saltimbanque : 200 nuits par an à dormir à l’hôtel, la difficulté d’accepter des dîners qui ne soient pas des dîners professionnels, d’avoir une vie tranquille. Je fais tellement de choses à la fois.

Avez-vous l’impression d’avoir dû faire beaucoup de sacrifices pour arriver là où vous en êtes ? J’ai pris des risques, de gros risques ! Beaucoup de personnes ont l’impression de prendre des risques sans connaître le vrai risque. On est dans une société d’assurance où les gens n’osent plus y aller. Moi j’ai pris mon risque, j’ai eu l’impression d’être très seul, de stagner et d’un coup vous avez un retour sur risque. Comme un retour sur investissement personnel. J’ai créé la société de production, acheté un théâtre, fait 3 films cette année, joué 100 fois en spectacle… Parfois je me demande où est le bouquin que je veux lire le soir, comment garder du temps pour ma vie privée et ma petite fille de 8 ans. C’est presque une boulimie du travail. Je travaille aussi à allier mes envies multiples, ma passion et la vie tranquille de papa et de mari.

Quels sont les traits de votre personnalité qui ont été aidant dans votre métier ? Je pense que je suis assez courageux ! J’ai beaucoup d’idées, je suis créatif, je n’ai pas peur de travailler, pas plus de me remettre en question. Je suis aussi toujours resté à l’écoute de ce qu’on avait à me dire. Et je suis déterminé, même acharné.

Et à l’inverse, ceux qui ont eu tendance à vous freiner ? Je suis très très gentil. Peut-être parfois trop à l’écoute des autres. Je crois qu’on a un peu les défauts de ses qualités.

Quelle est votre définition de l’Audace ? La capacité à prendre des risques !

Y-a-t-il quelque chose que vous n’avez jamais osé faire ? (silence) J’ai quand même fait et osé beaucoup de choses… (silence) Non… rien ! (rire)

Il y a 7 ans, vous acceptez d’incarner Coluche – « incarner Coluche pour un comique, c’est comme incarner Dieu pour un prêtre » – ce rôle était donc votre défi Audacieux ? Ah oui c’était plus qu’Audacieux ! Je crois qu’au-delà du risque, l’Audace c’est aussi de se fixer un objectif ambitieux et de se donner les moyens de ses ambitions, de tout mettre en oeuvre pour les atteindre. C’est un cercle vertueux !

Une nomination au César, 2 spectacles, près de 10 ans de scène… En parallèle au film « Coluche, l’histoire d’un mec », l’histoire de François-Xavier Demaison, c’est l’histoire d’un mec … ? Qui réalise ses rêves ! Les rêves ne sont pas à négliger mais ils ne sont pas faits pour être rêvés ! Il faut sans cesse se fixer de nouveaux rêves, c’est aussi une manière de rester en enfance. D’ailleurs, quand je vais travailler je dis toujours à ma fille : «  je vais jouer «  ! Ça lui parle et pour moi c’est vrai ! Il y a beaucoup d’amusement et de plaisir dans mon métier.

Quelle leçon de vie voudriez-vous que votre fille retienne de la vôtre ? Qu’elle soit toujours capable de voir la beauté des choses, de s’indigner contre les injustices, de trouver le beau, beau. L’immonde, immonde. Qu’elle connaisse la saveur des moments, qu’elle ait une curiosité pour son prochain. Pour moi, c’est la meilleure façon pour être heureux.

Quelle est l’erreur vécue que vous voudriez lui épargner ? Se laisser embarquer ! Dire « oui » quand on pense « non ». Le jour où on dit « oui », ça fait très mal. Qu’elle sache être la plus honnête possible avec les autres.

Le conseil qu’on vous a donné et que vous n’oublierez jamais ? « Il ne faut pas avoir peur. »

Celui que vous donneriez à quelqu’un qui voudrait se lancer ? Met les mains dans le cambouis ! Il n’ y a que là-dedans qu’on s’accomplit. La vie est courte, il faut vivre en paix ! Et à ceux qui prennent le mauvais chemin, qu’il n’est jamais trop tard pour être heureux et pour faire ce qu’on aime.

Quel est votre crédo ? Une citation d’Oscar Wilde « Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie, mais plutôt essayer de rajouter de la vie à ses années ».

Votre mot de soutien pour la sortie du Livre des Audacieux ? Je soutiens cette sortie car tous ces portraits sont une source d’inspiration ! Prenez-les comme tels, trouvez votre moteur personnel et faites-en sorte que demain, ce soit de vous dont on parle !

Merci à Céline, de L’Espace Gerson, d’avoir permis cette rencontre.