L’AUDACE SELON LUCIE DEBAY

Avant de venir actrice, vous intégrez Sport étude, puis, fatiguée des entrainements de Basket, vous apprenez à filmer lors d’un stage avec une amie, comment passe-t-on du sport à l’image ?J’aimais bien le défi mais la compétition n’était pas faite pour moi. Mon mental ne suivait plus trop, alors j’ai arrêté. Et puis ça m’amusait d’apprendre à filmer ! Je ne pensais pas être comédienne ou peut-être secrètement. Gamine, j’étais plus attirée par les mouvements de danse. J’ai d’ailleurs commencé à en faire, en parallèle de mes cours de théâtre. Avoir des rêves et des passions, je trouve ça bien, ça m’inspire.

« Je ne pensais pas être comédienne ou peut-être secrètement » quest-ce qui vous empêchait d’y penser sérieusement ?
J’ai beaucoup déménagé quand j’étais plus jeune, je vivais à l’étranger et en plus, j’étais dyslexique. Quand je suis revenue en France, j’étais assez timide. Je crois que je ressentais un peu de honte à vouloir être comédienne, c’est un métier tellement egotripe. Je n’osais pas croire en moi en tant qu’actrice.

Y a-t-il un jour où il est possible de se sentir vraiment actrice ? 
Par moment. Dernièrement j’étais sur une pièce de théâtre et à un instant, je ne comprenais plus rien ! On acquiert des techniques et puis d’un coup on a l’impression de ne plus suivre, ça devient impalpable. Il y a quelque chose de complètement absurde. C’est important d’oser être mauvais aussi. Ça évite de s’enfermer dans des tics d’acteur.

Que ressentez-vous quand vous vous voyez à l’écran ?
Le film Melody, je l’ai vu deux fois. C’est très étrange pour moi car j’ai surtout fait du théâtre. Pendant les tournages, les réalisateurs nous montrent des passages, mais là, Bernard Bellefroid m’interdisait de voir quoi que ce soit. Il y a des moments où on est quand même filmé de très près. Bizarrement, la première fois que je me suis vue, j’étais plus dans l’analyse du montage, je regardais les scènes qui avaient été coupées…  La deuxième fois, je me suis vraiment regardée et ça m’a insupporté, je n’arrêtais pas de m’analyser. Après, c’est important de se voir, même s’il y a forcément des moments où j’y crois moins. Tout est une question de tournage et de rapport à soi.

Vos débuts, vos premiers castings, quels souvenirs ?
C’est très différent d’un casting à l’autre ! Parfois, ça tient tellement à ce que l’on dégage, savoir si l’on correspond à ce rôle. Cela dépend aussi de la personne qu’on a en face de nous pendant le casting. Ce que dégageait Bernard, mon réalisateur, a vraiment influencé mon jeu. On ne sait jamais ce qu’on attend de nous, il y a quelque chose de vertigineux là dedans. 

Avez-vous limpression que ce que vous remportez aujourdhui est le fruit de certaines concessions ou de sacrifices ?
Je crois que je suis une bosseuse et une acharnée. Seulement, quand on s’acharne trop on n’est pas dans le juste non plus. Alors je crois qu’il faut juste vraiment travailler !

Selon vous, qu’est-ce qu’une actrice Audacieuse ?
Une actrice qui assume ses choix. J’aime beaucoup les comédiens qui ne maîtrisent pas tout. Quand je vois trop de technique et de maîtrise, il y a quelque chose qui m’insupporte. J’aime bien les dérapages, oser lâcher prise et venir avec ce qu’on est. Il faut qu’un acteur joue avec son amour et ses gros défauts, qu’il ne s’en cache pas, qu’il y aille avec sa nullité d’être humain, ses maladresses, son humour, son implication.

En quoi diriez-vous que vous êtes une Audacieuse ?
Parce que je suis inconsciente de faire ce métier et que parfois je ne réfléchis pas, j’y vais ! Mais aussi parce que je peux avoir beaucoup d’endurance, chercher à aller plus loin, faire des projets qui n’ont rien à voir. Ça me nourrit d’essayer de me dépasser. J’ai cette capacité à travailler longtemps sans m’ennuyer.

Quel est le rôle le plus Audacieux que vous ayez eu dans votre vie ? Je viens de jouer dans deux films où le sujet est  la Gestation Pour Autrui. Ce que je trouve beau dans le film Melody, c’est que c’est un sujet frais. Je ne fais pas de la politique mais cela me questionne. C’est un cas particulier, touchant. Je joue aussi dans « Un Français », le rôle d’une blondasse du front national. On fait un métier où il y a des risques, mais j’aime me retrouver dans des situations inattendues !

Dans ce long métrage de Bernard Bellefroid, vous interprétez le rôle de Melody : Les liens du sang, labandon, ladoption, ce sont des thèmes difficiles : en quoi cette thématique est-elle une prise de risque audacieuse, voire dangereuse ? J’avais peur de ne pas réussir à donner vie comme il fallait à ce rôle. Et puis c’est la première fois que j’ai un rôle principal, j’ai senti que j’étais au service de ce rôle. J’ai eu des peurs, je n’étais plus sûre d’y arriver. Mais quand on choisit un film c’est surtout parce qu’on veut défendre un projet auquel on croit.

Votre meilleur souvenir pendant le tournage ?
La dernière scène! C’était assez particulier parce que c’est une scène qu’on a été obligé de faire au milieu du tournage. Cela me terrifiait car je me disais que je ne pouvais pas accoucher maintenant, que ça allait faire un prématuré (rires) !

Pour un rôle de mère porteuse puis-je me permettre de vous demander ce que vous avez dans le ventre ?
De la vie ! Donc autant de peur que d’émotions, c’est en mouvement et ça ne stagne jamais.

Melody est une guerrière, quelle est sa forme d’Audace ?
Même si elle décide de faire ça peut-être un peu trop rapidement, elle fonce. C’est après avoir pris la décision d’être une mère porteuse qu’elle se rend compte de ce qui se passe en elle, mais elle ne lâche jamais et continue de se battre.

Aujourdhui, métaphoriquement, êtes vous une actrice complète, ou encore ce bébé qui grandit, cette comédienne en gestation ?
Oh non je suis en gestation ! J’ai encore envie d’être surprise, d’être défiée et de tomber pour me relever.

À quel moment vous direz-vous que vous avez réussi ?
Pour l’instant je n’ai pas l’impression d’avoir réussi mais je fais ce qui me plait. Je ne sais pas à quel moment j’aurai réussi ma carrière, je ne me pose pas de limites.

Demain je rêverai quon me téléphone pour
Jouer dans un film sur lequel je n’aurais jamais imaginé jouer.

Et pour y arriver, je vais
Laisser mon téléphone allumé (rires).

Quel message souhaiterez-vous faire passer aux lecteurs du Magazine des Audacieux ?
Qu’il faut d’abord oser, puis voir ensuite ce qu’il se passe !