L’Audace selon P-Emmanuel Barré

Quelle est votre définition de l’Audace ? C’est l’interview Bernard Pivot ! Je pense que c’est une sorte de courage mais, plus mental que physique. Je trouve qu’il y a un côté espoir dans l’Audace. On se met en danger en affrontant quelque chose d’établi, on quitte son confort intellectuel, mais parce qu’on pense que quelque chose de mieux est possible. Après, on peut être audacieux et avoir tort.

Selon vous, qu’est-ce qui pousse un jour un individu à faire preuve d’Audace ? Peut-être quand on ne peut plus se résoudre à accepter une situation. Je veux pas être moralisateur, je déteste les gens moralisateur, mais quelque soit le côté où tu regardes dans le monde, c’est globalement de la merde. Individuellement, on s’en tire à peu près, parce qu’on est né dans un pays moins pourri que d’autres. Mais au final, on est soit exploiteurs, soit exploités, à l’échelle du monde comme à l’échelle d’une entreprise ou d’un gouvernement. Tout le monde y est habitué, c’est établi, beaucoup de gens n’y pensent même plus. À mon avis, c’est dans la lutte contre cette acceptation générale de tout ce qui devrait nous écœurer qu’il y a le plus d’Audace.

Dans une de vos chroniques, sur France Inter, vous abordez le sujet du monde estudiantin. Avec votre humour, vous riez des longues études supérieures qui ne sauveront plus personne. Vous allez même jusqu’à affirmer : « Amis jeunes, n’ayez pas peur de l’avenir, vous n’en avez pas » ! Quel conseil donneriez-vous à ces jeunes ? Le cynisme, c’est une façon rapide de faire passer les idées.  Et je suis pas là pour trouver des solutions, tu mets trop la pression ! En plus, je suis pas si pessimiste que ça, je crois que tout le monde a du pouvoir sur les choses. On essaye de faire croire aux gens qu’ils n’ont pas d’importance, que leur choix d’avenir se résume à aller voter tous les cinq ans pour choisir entre deux types qui ont fait les mêmes études, qui ont les mêmes copains et qui essayent de satisfaire les mêmes personnes. Mais la politique, c’est uniquement nous qui la choisissons, et c’est tous les jours qu’on la fait. En étant Audacieux, justement, en sachant quels sont les problèmes établis et en luttant contre. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens qui comprennent qu’on a ce pouvoir là, et c’est bon signe.

Et vous, quel est le conseil qu’on vous a donné un jour et que vous n’avez jamais oublié ? Pendant une dispute, on m’a dit avec un calme très déstabilisant :  « Pourquoi tu cries ? J’entends ce que tu dis. On n’est pas des animaux » !  C’est con, je sais, mais c’est le meilleur conseil que j’ai jamais reçu. D’ailleurs, je crie plus jamais. sauf pour le plaisir. Pour les japonais, hausser le ton, c’est perdre la face, j’aime bien l’idée.

Celui que vous n’êtes jamais parvenu à appliquer ? L’écrasante majorité des conseils qu’on m’a donné, j’ai jamais réussi à les appliquer. Surtout les conseils santé. Bordel, je sais pas ce que j’ai avec la santé, mais il y a clairement un problème. J’ai une hygiène de vie dégueulasse, j’ai un corps d’athlète, mais d’athlète mort depuis 15 jours.

Vous même, vous vous êtes trouvé un jour sur les bancs de l’Université, étudiant en biologie. Finalement, vous avez tout quitté pour rejoindre Paris et intégrer Le Cours Florent. Que se passe-t-il dans votre tête à ce moment là ?J’ai juste eu envie de faire ce que je voulais. En y allant, j’étais pas du tout sûr que c’était ça, mais ça me tentait. J’ai eu la chance de pouvoir le faire financièrement, j’ai bien conscience que tout le monde ne l’a pas. Après Le Cours Florent, j’ai pas trouvé de travail, personne ne me donnait de rôle, alors j’ai commencé à les écrire, seul ou à plusieurs, à monter des projets.

Comment gère-t-on le passage de la biologie aux planches de théâtre ? J’étais pas très bon biologiste et je ne suis pas très bon comédien, du coup, j’étais pas dépaysé. Je sais jouer ce que j’écris, mais dès qu’on m’oblige à faire quelque chose, ça devient difficile.

Qu’attendiez-vous de la vie à ce moment-là et qu’attendez-vous d’elle aujourd’hui ? Pendant la fac, je ne sais pas exactement.Probablement de me plaire dans la biologie mais j’ai vite compris que ça le ferait pas. Aujourd’hui, j’attends pas, j’espère. De ma vie professionnelle, j’espère que je vais continuer à m’y plaire. De la vie d’une manière plus générale, j’espère que les choses iront mieux, et j’essaye de les rendre mieux, avec mon petit pouvoir d’individu.

Avant de vous lancer dans le One man show, vous vous tournez du côté du théâtre classique. Avec Ruy Blas notamment, ce ver de terre amoureux d’une étoile. Vous, en arpentant la terre, quelle est celle que vous poursuivez ? Putain, il écrivait vachement mieux que Guillaume Musso… C’est bien trop poétique pour moi.  J’ai bien fait de passer aux blagues de bite.

Finalement, vous devenez un homme plus médiatisé, la radio, la télévision…Vous souvenez-vous de ce que ressentait le petit breton la veille de sa première chronique ? Ah, pffw, je suis tellement flippé, encore aujourd’hui, tu peux pas t’imaginer. Je me chie dessus avant chaque chronique ou chaque spectacle. On a toujours peur d’être un imposteur. Heureusement, j’ai mon co-auteur, Arsen. D’abord, il est très rigolo, et puis c’est surtout un pote qui, avant que j’aille faire la chronique, me tape dans le dos en précisant bien que, quand même, on n’est pas des pédés. Je bosse avec lui depuis trois ans sur Canal et France2. Sur France Inter, je bosse avec un autre ami: Romain Cheylan. Quand on se fait marrer entre nous, je sais que je vais me faire plaisir en disant ma chronique, et c’est moins flippant.

Honnêtement, à quel moment et de quelle manière réalise-t-on, un jour, qu’on est quelqu’un de drôle et qu’il faudrait en faire quelque chose ? J’ai commencé avec du classique, et c’est très particulier. On ne sait pas vraiment si ça plait, on joue une histoire entre comédiens, en essayant de la rendre le plus vraie possible. C’est très chouette, mais quand je me suis mis à jouer des comédies, j’ai senti quelque chose de très différent avec le public. Le résultat immédiat, on a le plaisir d’avoir surpris tout le monde avec une vanne à tiroir, j’adore ça. J’essaye de faire passer un bon moment aux gens parce que j’en passe un en même temps qu’eux. C’est un bon deal.

Qu’est-ce qui différencie, selon vous, un homme drôle, reconnu pour son humour – dans sa vie, son quotidien – et un humoriste ? Les gens sont toujours un peu déçus quand ils me rencontrent dans la rue, ils s’attendent à ce que je fasse une blague et moi, je suis juste en train d’aller acheter du PQ au Monoprix. Il y a plein de gens marrants, mais c’est une chose d’être drôle dans la vie et d’être drôle sur scène. On dirait pas, mais c’est beaucoup de travail, on bosse au moins 8 heures à deux pour une chronique de trois minutes. Le mec marrant, il prend moins de risque, s’il est pas marrant, personne lui en voudra. Moi, je suis payé pour ça. Je dis pas que ça marche à tous les coups, hein ! Mais à chaque fois que je dis une blague, c’est parce que je la trouve drôle. Et je suis assez exigeant…

Pensez-vous que vous avez aujourd’hui trouvé votre place ? Vous surprenez-vous parfois à penser à la vie que vous auriez eu à la suite de vos études de biologie ? Non, je suis pas du tout sur d’avoir trouvé ma place. Je sais pas du tout comment ça va finir, si ça se trouve je vendrais du saucisson sec chez un traiteur auvergnat dans cinq ans… Si j’en ai marre, je ferais autre chose. Je ne sais pas quoi.

Au-delà de votre carrière. Dans votre quotidien ou votre personnalité, qu’est-ce qui fait de vous un Audacieux ? Je sais pas si je suis très Audacieux. J’essaie d’être plus intelligent que les gens qui essaient de m’enculer, mais ils sont très nombreux. Croire à son pouvoir individuel, c’est déjà assez audacieux dans une société ou on essaye de te faire croire que tu ne sers à rien.

Qui est votre modèle d’Audace ? J’ai pas de nom en particulier, tous les gens qui essaient de faire bouger les choses pour qu’elles soient mieux.

Et votre antihéros ? Tous ceux qui essaient de maintenir les choses en place parce qu’elles sont à leur avantage, et qui s’en branlent du reste.

Auto-clash dans le titre de votre dernier spectacle, Pierre-Emmanuel Barré est un sale con. Selon vous, comment devient-on un sale con ? Comment vit-on avec ? Ca aurait pu s’appeler aussi  » en a rien a foutre « , c’est un peu ma définition du sale con, un mec qui en a rien a foutre de rien, qui sait qu’il dit des saloperies mais qui s’en fout. À la différence du con qui ne sait pas qu’il dit des saloperies. J’imagine qu’on devient un sale con en étant blasé de tout, mais c’est pas vraiment mon cas. J’utilise ça comme posture de scène et c’est une posture bien pratique parce que ça prévient les gens qu’il faut avoir un peu de second degré.

Pensez-vous qu’on est tous, un jour, voué à devenir un sale con ? Ah ben du coup, si être un sale con, c’est en avoir rien à foutre de rien, on est pas trop mal partis !

Pierre-Emmanuel Barré a-t-il un crédo, une maxime qu’il se plait à se répéter ? Je suis fan de Churchill, il avait des punchlines de fou, il y en a plein que j’adore, sur l’alcool, notamment, ou sur le pouvoir, mais je crois que ma préférée, c’est celle la : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme » .