L’Audace selon Shirley Souagnon

Shirley, quelle est votre définition de l’Audace ?
Je dirais que l’audace permet d’exister réellement et d’être dans l’instant présent, qu’elle permet de vivre sans simplement se reposer sur ses fantasmes ! En fait, l’audace on ne l’emploie que quand on est adulte, car quand on y pense, les enfants sont des audacieux au quotidien ! Moi je me dit « Sky is the limit » ça rappelle qu’on peut tout faire !

En quoi êtes-vous êtes une Audacieuse ?
Et bien justement, je suis restée une enfant ! Et j’en ai même gardé le corps (rire) !

Il faut avouer, vous ne manquez pas d’Audace pour…?
Fermer ma gueule ! Dans certains moments, il faut savoir se taire et être capable d’observer avant de parler.

Si l’Audace était une baguette magique ?
En tant que française, je donnerai de l’Audace à tous les français car ce pays en manque vraiment ! D’ailleurs, bravo à vous pour ce que vous faites !

Votre modèle d’Audace ?
Mon père ! Il est parti de très très loin pour arriver là où il voulait et c’est vraiment lui qui m’a montré le chemin. Il ne s’est pas contenté de me dire « bats-toi ma fille », il l’a fait lui-même. C’est un sacré coach de vie ! Un jour, pour m’apprendre à prendre du recul, il m’a collé un livre sur le nez et m’a dit « tu arrives à lire ? » j’ai dis « non », évidemment. Il l’a reculé puis m’a dit « et là »? Alors j’ai compris.

Vous écrivez votre premier sketch à 6 ans, c’est de l’Audace non ?
On peut le dire ! À Barbesse, j’avais vu des gens vendre des marrons chauds et j’ai fait une petite scène sur le sujet avec mon cousin métisse (qui était quand même plus blanc que moi). Il faisait le marchand et moi je me vengeais du marchand : il disait « marron chaud » et je répondais « froid les blancs! » comme quoi ça me travaillait déjà… À 19 ans, je me suis inscrite dans une école de théâtre à Paris et là j’ai commencé à écrire vraiment.

Très vite, vous atterrissez sur scène, comment se prépare-t-on si jeune à une telle exposition ?
On ne se prépare pas ! À ce moment là, j’avais une telle folie, une telle envie, que je ne perdais pas de temps à réfléchir, je me disais juste : « allez, vas-y »! C’est comme un premier rapport sexuel, tu ne connais pas, mais tu y vas car tu en as vraiment envie ! Aujourd’hui, même si le trac n’est plus situé au même endroit, la scène, c’est toujours ma première fois – d’ailleurs je l’embrasse toujours avant de jouer. Maintenant je l’aborde, autrement, je suis moins dans le stress hyper dense que dans l’excitation! Pour filer la métaphore, disons qu’aujourd’hui, je suis devenue une vraie salope de la scène !

La scène la plus Audacieuse ?
C’était Aux trois baudets à Paris. Il y avait un spectacle cabaret avec une effeuilleuse bien en chair qui avait des pompons sur les seins. Je suis arrivée derrière avec le même déguisement, donc dans le plus simple appareil. Chez moi aussi les pompons ont tourné, juré !

Prix du Jeune talent de l’année en 2010, de nombreux plateaux Télé, le cinéma, le Jamel Comedy Club… Cette réussite, à quoi la devez-vous ?
À mon endurance et à ma passion ! J’avais faim et j’ai toujours dis oui, à toutes les propositions !

Lors de votre adolescence, vous jouez 10 ans au basket de haut-niveau et intégrez l’équipe de la Madison Hight School de Houston. Depuis 2012, vous êtes la marraine de la Ligue féminine de Basket, en quoi cette implication sportive a fait de vous une Audacieuse ? J’ai commencé le Basket à 8 ans et clairement, ça m’a musclé mentalement. Le basket m’a appris à aller chercher la souffrance en soi, à me dépasser, à me maîtriser ! Et même si j’étais meneuse, ça m’a appris que ce n’est pas parce qu’on a 20 point d’écart avec l’adversaire que le tour est joué, y a que toi qui peut reprendre la main sur ton jeu !

Et il en faut de l’endurance pour tenir ce trio gagnant sur lequel vous plaisantez : « Femme dans un monde matcho, noir dans un monde raciste, lesbienne dans un monde homophobe », humoriste dans un monde…?
Dans un monde perdu et très triste ! L’humoriste est le plus sensible face à ce monde là. Certains l’expriment par l’écriture, d’autre par la peinture, et nous par l’humour…

Dans un de vos sketchs vous allez même jusqu’à dire : « Il ne me manque que le fauteuil roulant et je suis au top », comment êtes vous parvenue à faire de ces stigmatisations, une force ?
Je n’ai pas tout ressenti comme une attaque, j’ai une grand-mère blanche et un grand-père noir et je sais que la couleur de peau n’est pas liée à la bêtise. Mais j’ai le souvenir d’avoir rencontré un raciste quand j’étais toute petite et de lui avoir demandé de me faire un bisou. J’avais ressenti son ignorance, son manque d’amour et j’ai toujours eu cette envie d’apprendre aux autres. Alors je me suis très vite placée en donneuse de leçon, mais avec humour. Après avoir donné la main à ce grand Monsieur, je crois que tous ses fondements se sont écroulés.

Quand vous avez commencé, vous attendiez-vous au succès ?
On croit à tout au début et on est persuadé de devenir une star ! Puis ça retombe au bout de 6 mois et là, on comprend que c’est un métier qui va demander de l’endurance. C’est pour ça que j’ai toujours abordé l’humour comme un sport, je ne me suis jamais soucié de la concurrence, mais je me répétais tout le temps « est-ce que je travaille assez pour obtenir ce que je veux? »

Avez-vous l’impression d’avoir dû faire beaucoup de sacrifice pour y arriver ?
Énormément ! Mais c’est comme un sacrifice mystique, ça vaut vraiment le coup. D’ailleurs, une phrase me parle beaucoup : « Brûle ce que tu es, tu deviendras deux fois plus fort » ! Mais je ne parlerais pas vraiment de sacrifice… En fait, disons que la société impose un certain mode de vie aux artistes et que s’il veut réussir, l’artiste est obligé d’aller au bout de ce qu’il veut !

Trafalgar, pour cette métaphore marine et ces Audacieux qui nagent à contre-courant, et vous Shirley, quelle est la plus grosse vague que vous ayez pris dans la figure ?
Je n’arrive pas à en choisir une tellement les baffes ont été importantes. Mais je crois que c’est quand même la télévision car ce n’est vraiment pas le monde des Bisounours ! Le monde entier vous insulte ou vous complimente, c’est un gros passage ! Donc à ce moment, sois on pète un câble, sois on se retire comme j’ai fait. Ça m’a obligé à savoir qui j’étais vraiment.

Avez vous déjà pensé à abandonner ?
Plein de fois, mais c’est la vie qui me fait tenir ! Il y a des jours où tu crois que tu vas te suicider, puis tu manges des Kornflakes et d’un coup ça va mieux.

À 28 ans, quel est le grand rêve de Shirley Souagnon ?
Obtenir la sagesse, être capable de prendre le temps de parler et de ressentir l’instant présent. Ça, c’est vraiment mon rêve ! Mais je le pratique déjà car les rêves c’est pour les imbéciles, il faut les concrétiser!

« Arrêtez de vouloir ressembler aux autres, essayez d’abord de ressembler à vous même » tel est le message que vous faites passer dans un de vos sketch. Lequel voudriez-vous faire passer aux lecteurs du magazine des Audacieux ?
Respirez ! Respirez vraiment ! Prenez le temps, 5 minutes chaque jour, pour vous connecter à vous même et penser à l’essentiel, c’est-à-dire à : rien !