Auren : l’heure est à la candeur…

Un jour sans orage, du côté du parc de la tête « d’Aur », la Team Trafalgar s’est laissée guider par des notes joliment ornées. Vous n’aurez jamais tort de croiser la route d’Auren, chanteuse sans mauvais accord qui vous entraîne sans faire d’effort dans un monde où la sensibilité, est reine.

Pianotant depuis l’âge de sept ans sous le regard attentif de sa grand mère, bercée auprès de Michel Berger et de Jacques Brel, allaitée par les Who et les Pink Floyd, Auren est une auteur, compositrice et interprète nourrie d’influences. Si de la classe préparatoire HEC à l’école de commerce, l’étudiante se contente de faire ses armes près des reprises française, elle s’est très vite essayée à ses premières compositions. Embauchée par le label Virgin, c’est derrière son bureau qu’Auren comprend qu’il est hors de question pour elle de mener une vie d’artiste par procuration. Croiser Souchon à la Maison de disques, ou se rendre au show-case de Ben Harper encourage plutôt l’Audacieuse à oser laisser une de ses démos à Michael Jones. Séduit, ce dernier lui tendra la main pour déposer dans la sienne des premières parties de concert. Sélectionnée aux Rencontres d’Astaffort pour vivre l’expérience d’un stage d’écriture aux côtés de Francis Cabrel alors que sa vie de salariée la retient, le dilemme a de dures consonances… Quand son entreprise refuse de lui accorder une journée, ayant toujours « fait passer la musique avant la sécurité », la jeune femme démissionne et relève le défi d’écrire quarante-cinq chansons en seulement cinq jours. Comme certaines d’entre elles sont retenues, la boute-en-train rejoint rapidement Paris pour s’assurer d’être entourée dans cette nouvelle phase de création. Considérant que dans ce métier, il est interdit de rester confiné dans son propre prisme, elle emporte toujours dans son bagage le conseil que lui a un jour donné Monsieur Cabrel : « une bonne chanson est un triangle : un bon compositeur, un bon auteur et un bon interprète. »

Une fois le répertoire créé et le premier album « De la tête aux pieds » auto-produit, de petits pas en grandes enjambés, l’authenticité et le talent d’Auren lui font quitter les bars parisiens et monter les marches des grandes scènes : de Cabrel à Chris Isaak, en passant par Biolay et Yodelice, son Audace et ses premières parties auprès des références l’amènent jusqu’à signer avec la Maison de disque Naïve. Démissionner d’un poste salariée dans une Maison de disques pour être finalement signée en tant qu’artiste dans une autre, il fallait du cran ! ( Si je décline toute responsabilité en cas de démission ratée, je vous encourage à garder à votre tour en mémoire le conseil qu’Alex Baupain lui a un jour donné : « Ne lâche jamais. »)

Ses chansons, de « L’échappée belle » à « En face » en passant par « Il était une fin », aussi légères que dynamiques, ouvrent également la voie à des titres douloureusement introspectifs. Dès la première écoute, « Comme la dernière fois », hommage à sa grand-mère à qui elle doit son premier pas dans le monde artistique, ne nous quitte plus : « j’ai fini de jouer les sonates, les préludes, pleure pas, fais comme si j’étais encore là. » Entourée sur scène par une arène créative – de son bassiste à son batteur jusqu’à Felix Beguin, son guitariste, « dictionnaire de culture musicale » – Auren accorde une grande place à ses ressentis. Une fois séparée de son dictionnaire, c’est toujours avec son carnet de notes que cette artiste appliquée se déplace. Alors, quand elle s’ancre à Paris, face aux titres des ouvrages de sa bibliothèque qu’elle passe des heures à observer, l’inspiration jaillit. À l’affût des signes et des coïncidences, à l’instant où Paris commence à avoir raison d’elle, ses yeux s’arrêtent sur L’échappée belle, titre de l’ouvrage d’Anna Gavalda. En un tour de clé, la belle s’est à nouveau échappée pour s’exprimer : « je t’ai pas tout dit, je pars de Paris, perdu mon pari, je change de vie, je veux pas ton avis (…) j’me fais l’échappée belle. »

Auren, notre parenthèse frêle et malicieuse à l’identité rétro digne des icônes des années 70 a su nous offrir en cadeau la candeur et le naturel d’une femme-enfant. Robe de la légèreté au corps, le foulard de l’insouciance noué autour de son cou, elle est cette artiste sincère et rebutée par les « chansons kleenex », aussi touchante au micro qu’en VO. Fidèle à sa philosophie de vie, elle tourne ses clips au naturel, sans maison de disques ni manager, aux côtés de son frère et de son réalisateur : « tous les trois on est partis en faisant ce qu’on voulait, nous n’avions aucune barrière ». Quand le réalisateur de son album, Nicolas Dufournet, la voit comme « un soleil à chaque entrée dans le studio », c’est parce qu’au delà du talent qui lui illumine le teint, Auren est un vent d’air frais qui nous a-grippe à ses mots.

Si les débuts ont été prometteurs dans son cocon lyonnais, l’artiste annonce fièrement et avec humour que son public s’étend désormais « sur la ligne TGV Paris-Toulon ». Que demain tout s’arrête ? Elle l’imagine parfois sans trop oser s’y attarder, certaine qu’elle n’arrêtera jamais d’écrire et de transmettre. Assurant parallèlement plusieurs ateliers d’écriture dans différentes écoles, en clin d’oeil à ce qu’elle a eu la chance de recevoir mais aussi pour éviter de se recentrer sur son métier d’artiste, Auren sait qu’elle est à la bonne place : « je suis passée par toutes les émotions, de l’euphorie au doute, du doute aux larmes, j’ai vécu et je ne veux pas m’arrêter de vivre. »