Derrière la caméra de Jeff Loch

Arrêt sur image dans la tête de Jeff Loch. Silence plateau. Ça tourne. Cadrage effectué, lumière à tous les étages. Un matériel nécessaire aux grandes projections. Caché dans le décor, une petite voix off lui souffle, « Jeff, arrête ton cinéma ». Mais l’Audacieux ne se fait pas de films. L’effet de flou est désactivé. La mise au point est bien faite. Refusant de perdre du temps à rembobiner, séquence après séquence, il profile son scénario. Making off d’un réalisateur lyonnais de vingt-deux ans qui s’est déjà bien réalisé. Un parcours sans trucage, comme on aime en visionner.

Assis au fond, dans sa classe de 5ème, le petit Jeff pensait déjà à celle dont il ne veut plus lâcher le bras. Ah.. sa future caméra ! Après un bac scientifique, sciences de l’ingénieur option cinéma, et une première année de Licence en Arts du spectacle, il intègre une école montage et post-production et en sort majeur de promotion. La vie de Jeff n’est autre qu’un film d’action ! Et comme dans tout film d’action, il faut être prêt à franchir des obstacles. Passant en replay la réplique de ses parents : « fais ce que tu veux, mais si cela ne marche pas, tu seras plombier, avec ton oncle, » Jeff se met en quête des bons tuyaux. Une première démo de son travail est posé sur la toile et déjà, un bout de chemin se trace.  Repéré par une agence parisienne, il se résigne pourtant à rejoindre la compétition, certain que ses racines lyonnaises le feront réussir dans sa branche. Il monte alors Arctic, une association de développement d’artistes spécialisés dans l’image et le son.

S’il maîtrise parfaitement l’aspect technique, Jeff Loch n’est pas un réalisateur académique. Arrivant sur le plateau en livreur de créativité, il tient à préciser : « avec du bon matériel, tout le monde est capable de faire de jolies images. Le concept visuel est aussi important que l’histoire qui se trouve derrière. » Vous l’avez compris, ce que cet hyper-sensible préfère, c’est d’ajouter au montage les enregistrements bruts de sa vie. Thématique du dédoublement, matérialisation du sentiment amoureux, pour lui, une vidéo ne prend sens, que si elle rassemble des morceaux d’existence. Quatre années d’accompagnement auprès des artistes indépendants, du montage à l’étalonnage jusqu’au finishing, auront suffi à Jeff pour comptabiliser 150 clips et plus de 900 vidéos. Le petit garçon qu’il était avait raison de viser la cour des grands et de poursuivre sa dynamique, qui a fini par le mener jusqu’à des artistes signés en maison de disques.

Le stress comme compagnon de vie, le doute comme jolie voisine et en remède miracle ? L’adrénaline. Cela ne fait pas de doute, le début de carrière de Jeff Loch est le fruit d’un travail sans relâche. Conscient que « personne n’a rien sans rien, » Jeff réalise être passé à côté de précieux instants de sa vie. Un réalisateur a beaucoup de pouvoir, certes, mais jamais il n’aura la capacité de retourner en arrière : « je faisais beaucoup trop de concessions. J’ai dû prendre un bureau pour ne pas devenir fou, pour apprendre à décrocher. » Le comble du réalisateur est aussi d’avoir besoin de se cadrer. Ce qui définit Jeff Loch, c’est aussi sa révolte. L’Audacieux se révolte constamment contre ceux qui se plaisent à faire de la jeunesse une excuse. Impatient d’y arriver, lui préfère frapper aux portes, quitte à s’en prendre dans la figure. Justement plus marqué par celles-ci que par les coups de pouce, il est fier d’être parvenu à les faire se lever devant son travail. Si son bras porte la trace de sa caméra, on peut aussi y lire un dilemme, tatoué : « la mort ou la gloire ». Non pas hollywoodienne, mais celle du soldat qui revient du terrain avec une batterie d’objectifs accomplis : « mon objectif n’est pas de rêver, mais d’agir. C’est comme les gens qui rêvent d’être millionnaires, mais qui se contentent de gratter. » Des clips réalisés chez Universal et Sony, un vol pour le Miami Project, une nouvelle intégration au sein de Melty Talents House... Dans les vidéos de Jeff Loch le générique de fin… attendra demain!

Pour ce dernier portrait avant la rentrée, je suis déjà nostalgique des personnalités rencontrées. Nostalgique et reconnaissante de ces Audacieux qui apportent aux lecteurs sans jamais réaliser le poids de ce qu’ils transportent. Jeff Loch me laisse notamment un souvenir éloquent. Celui d’un jeune homme halluciné que notre équipe cherche à le rencontrer : « moi ? Un Audacieux, mais enfin… Je n’ai rien d’impressionnant à raconter. » Quelques semaines plus tard, il nous téléphone et change d’avis. C’est aussi pour cela que notre projet existe. Terminerais-je le portrait de notre réalisateur sur l’inévitable « coupez » ? Bien sûr que non… Chez Trafalgar, on vous laisse sur : « ACTION » !