Faim de Lyon, Soif d’entreprendre

Chronique Love. Marjorie a trouvé l’homme de sa vie. Repéré dès l’enfance lors des bonnes tables du dimanche parce qu’il était à croquer, elle l’a ensuite dévoré des yeux durant toute sa scolarité. Gonflés d’ivresse lors de leurs escapades dans les foires aux vins, c’est aux Halles de Lyon qu’elle rêve à présent d’emménager avec ce coeur d’artichaut. La femme de goût salive déjà à l’idée de le retrouver dans les beaux restaurants étoilés… Qui cela pourrait-il écoeurer ? L’aimant à toutes les sauces – c’est la crème de la crème – elle a récemment célébré son alliance éternelle à ce grand, fort, respectable, admirable… Amour de la bonne bouffe. Il n’y a pas d’amour plus sincère que celui de la bonne chère.

Fruit de l’amour de deux épicuriens pour qui « bonne table » a toujours rimé avec « cérémonial », Marjorie est née en Normandie. Rapidement adoptée par la ville de Lyon, elle se considère surtout comme ce savant mélange de deux patries de la gastronomie française. Pressée de goûter à d’autres crus que celui de son biberon, c’est sans respecter son temps de cuisson qu’elle devient une « prédatrice affamée » qui n’a à la bouche, que le verbe manger :  « quand je ne mange pas, je lis des bouquins sur la gastronomie. Quand je ne lis pas des bouquins sur la gastronomie, j’organise mes prochaines virées resto. Quand je n’organise pas mes prochaines virées resto c’est que j’y suis, au resto ! ». Déjà réputée, à l’époque de son BTS tourisme, pour ses bonnes adresses, Marjorie obtient son Master en Marketing et Gestion des Entreprises avec l’envie de concocter une recette spéciale. Celle dans laquelle elle ferait tenir dans le même plat compétences et amour de la gastronomie. Prête à avaler tout cru celui qui l’empêcherait de rassasier sa passion, elle décroche un stage à la Fondation Paul Bocuse et met les bouchées doubles. Elle le sait, c’est le prix à payer pour avoir le luxe de se choisir un avenir à la carte.

On ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs ! C’est pourquoi, chaque jour, elle rejoint aussi son amant pour se nourrir de mots. Un amant qui n’est autre que son blog : « Faim de Lyon ». Conçu comme un passe-temps avec qui elle pourrait partager son assiette et établir un carnet de restaurants, ses connaissances culinaires et son franc-parler la poussent vers une toute forme d’engagement. L’écriture étant la cuisine des lettres, son site s’impose rapidement comme une référence lyonnaise : pas moins de 10 000 visiteurs en appétit se donnent chaque mois rendez vous pour frapper à la porte de celle qui tient également le titre de critique gastronomique. Eh ! Quand on vous dit que la faim justifie les moyens !

De son coup de fourchette à son blog « Faim de Lyon », celle qui n’a jamais eu l’estomac dans les talons peut aujourd’hui avoir la fierté d’afficher ses mots dans les pages des journaux comme L’Express, Arts & Gastronomie ou même dans le webzine éphémère « Suivez le guide » du Guide Michelin. Portant aussi très joliment la toque de journaliste culinaire, l’Audacieuse part à la rencontre des plus grands amoureux de la gastronomie. C’est ainsi qu’elle recueille les habitudes alimentaires de Fabrice Luchini, l’art de cuisiner de Jean-François Piège ou encore les pensées du critique gastronomique François Simon : « je suis une véritable groupie qui pleure de joie à la fin d’une interview. » Vous pensiez qu’à ce stade Marjorie allait être rassasiée ? Quand cette coureuse de bonnes adresses annonce au dessert son nouveau statut d’entrepreneuse, l’équipe la soupçonne presque de manger du lion… Je ne vous raconte pas des salades, la prédatrice a encore sévi il y’ a tout juste un an pour lancer son agence de nourritures créatives « Les mots de la faim ». Gérant à présent la communication des marques alimentaires et des grands chefs de restaurants, elle ne connaît plus le sens du mot « repos » : « de toute façon, je choisis même mes vacances en fonction des restaurants qu’il y’ a là bas ! » Ayant déjà eu l’opportunité de voyager parmi les saveurs de plusieurs établissements en lice dans les cinquante meilleurs restaurants du monde, Marjorie garde bien en tête son nouvel objectif : « gagner assez d’argent pour réinvestir dans de nouvelles visites au restaurant. »

En voilà une qui n’a pas fait le choix du menu tout compris – celui qui laisse un arrière-goût de facilité – pour réussir dans le monde de la gastronomie. L’Audacieuse n’aime pas vraiment mettre de l’eau dans son vin.  Son parcours vous a mis l’eau à la bouche ? Marjorie vous a même laissé son mot de la faim : « n’ayez pas peur de vous planter et sortez de votre zone de confort ! ». C’est vrai ! Il n’est pas bon de s’em-pâter.