Fruisy : Pour la beauté du zeste !

Cette semaine, la Team Trafalgar cultive son goût pour les fruits et légumes. Tandis que d’aigris agriculteurs font grève, agrippent pancartes et tracteurs, appliquent la tactique du pourrissement, dans cette fièvre agraire, une poignée d’irréductibles continuent, encore et toujours, leur quête du fruit défendu. Ceux-là n’ont pas peur que le ciel leur tombe sur la tête, non, ils la garde sur les épaules. Mieux que Robespierre, pas moyen de la leur jeter ! Pour utiliser son calendrier, si ces révolutionnaires sèment les raisins de la colère en Germinal, ils récoltent ceux de l’Audace en Thermidor. Dans leurs travaux, ils affrontent les titans de l’import, sans jamais désespérer, et nous ramènent quelques pommes, d’or, du jardin des Hespérides. Dans ce monde pourri, où les laids tuent et les sales s’y fient, notre Audacieux nous apporte, sans rien falsifier, une philosophie et des produits de première fraîcheur.

A peine sorti des choux, Jonathan travaille depuis l’âge de dix ans, sur les marchés, avec son grand-père, d’abord, puis avec son père. Il le sait, son cœur balance du côté des fruits et légumes. Jonathan reste dans le végétal, enchaîne les petits boulots sur les étals, fait des cadeaux à ses clients et pour Noël, vend même des sapins. Il mûrit vite et aux études, celui-ci préfère l’action. C’est pourtant en vacances qu’il aura sa révélation. Sur une plage, au soleil. Des transats pliables, des parasols et des châteaux de sable, des accents du sud comme dans la trilogie de Pagnol, César, Marius… épiphanie. Pour la petite histoire de cochonnet et de pastis, une tradition des calanques voulait que les perdants, à la pétanque, embrassent un postérieur de femme, généreux mais factice. Il fallait alors « baiser Fanny ». Ce ne fut pas le cas de notre Audacieux, qui, jamais adepte des faux semblants, su manier ses boules. En effet, au détour d’un cornet de glace, un vendeur ambulant débarque, et sans chichis, délaisse chouchous et beignets frits… pour un ananas. Coupé en tranches, prêt à manger : « ça a toujours été mon fruit préféré », explique Jonathan en se fendant la poire. Sous ses yeux ébahis, les badauds et baigneurs ne badinent pas avec la fraîcheur et se l’arrache en quelques battements de cils. Dans son esprit, un concept est né. Un fruit découpé, épineux mais sans problème, facile à manger. Fruisy. Et comme il n’en faut pas plus, il se jette à l’eau.  

Dès lors, Jonathan s’intéresse de près à ce nouveau marché : « alors que c’était une formule bien connue aux États-Unis ou en Espagne, en France, personne ne semblait s’intéresser au fruit découpé », se souvient l’Audacieux. Il décide donc de monter son entreprise, une volonté qui entre parfaitement dans le champ de ses compétences. La pomme ne tombe pas loin de l’arbre, son père avait déjà créé la marque Cerise et Potiron. Ils coupent alors la poire en deux : « je lui ai proposé l’idée et il a vu que c’était probablement l’avenir de son métier. Il a accepté de m’aider à condition que je développe un produit solide. » Des fruits frais. Et c’est tout : « ma méthode de fabrication est on ne peut plus transparente. » Pas de mauvaise surprise à la Soleil Vert, pas plus de mise en scène. En s’attaquant aux jus de fruits, certains géants du cola voudraient nous faire avaler qu’ils sont devenus diables éthiques. Après tout, ils ont bien réussi à nous faire croire au Père Noël. Si le goût est sucré, la désillusion est amère. Auréolés de mystère, ces saints taxent leurs fidèles, sans commettre d’erreur, marketing, leur concept est immaculé. Pourtant, difficile à trouver sur le net, leur fabrication fait tâche. Un mélange de jus pré-existants, dont la provenance est dure à déterminer. A l’inverse, chez Fruisy, pas de passage avide. Il s’agit d’un vrai jus de fruits pressés, et en ce sens, il est le moins cher sur le marché.

S’il n’a pas d’objectif de salaire et vit son projet au jour le jour, en toute liberté, notre Audacieux ne cesse d’avancer. Il doit suivre les fruits de sa passion, comme il le rappelle souvent à sa copine. En mode Rome antique, il saute dans la fosse, à Lyon, et distribue ses plus beaux trophées après les avoir taillés en tranches. S’il achève bel et bien ses adversaires, la plèbe ne lui renvoie que des pouces en l’air. Ce fut le cas de Michel et Augustin, trublions culinaires et chefs toqués, qui furent conquis par son jus. Le César sympathise ainsi avec les inventeurs de la vache à boire, réunis par une saveur, tout autant dans l’authenticité qu’au temps des antiques cités. Les rencontres ne sont pas le fruit du hasard et aux Halles Paul Bocuse, où il s’est installé, nombreux sont déjà ceux qui y ont succombé. Il ne raconte pas de salades et ne mâche pas ses mots : « être aux Halles, ce n’est pas une consécration en soi, plutôt le reflet d’un sérieux et d’une qualité. » Ses clients ont tous les profils et tous les âges et veulent simplement découvrir ce pari des Halles. En prime, ils repartent avec une part idéale de salade de fruits personnalisée.

Un conseil qu’il a toujours respecté ? « La première personne à satisfaire c’est le consommateur. » Son ambition ? « Bâtir un véritable écosystème autour de Fruisy, un ensemble de lieux où les gens viendraient pour se détendre, travailler et bien sûr manger des produits frais et de qualité. » Aujourd’hui, Jonathan envisage même de monter son unité de production, à Lyon, une ferme verticale qui diminuerait les temps d’avion et la pollution liés aux imports. Quand il aborde cette conscience éthique, l’entrepreneur nous cite l’exemple d’Elon Musk, dont il a lu tous les livres : «  ce n’est pas un businessman qui arrive dans une entreprise et la développe, mais vraiment un créateur qui arrive au début, et réussit des choses incroyables. Il a su s’impliquer dans une multitudes de domaines, tout en restant au centre de son entreprise. » En effet, ce mentor se cache derrière Paypal et Tesla, un système de stockage d’énergie, mais aussi une marque de panneaux solaires, ou encore SpaceX, un « TGV solaire subsonique ».  Elon est le genre de type qui débarque devant les grosses légumes de l’industrie spatiale pour leur dire : « dans cinq ans, vous êtes morts ». Destination finale ? Mars. Notre maître fruitier n’est pas amateur de navet, même à effets spatiaux. S’il ne fait pas chou blanc, et, comme son modèle, réussit ses plans, l’Audacieux pourrait bien décrocher la lune. L’autre est devenu source d’inspiration pour un certain Iron Man. Lui aussi sera peut-être un homme à la Marvel, sans kryptonite, avec un mantra. Une sentinelle ou un Bouddha, sortit d’une météorite ou d’un ananas. En attendant, lecteurs Audacieux, ayez le bon zeste et si vous passez chez Fruisy… N’oubliez pas de nous tenir au jus !