Get ready, Be Arty

Fini le jour où votre jules vous appelle « mon bijou » et qu’il se réjouit , comme une chaîne, de s’enrouler à votre poignet. Vous en avez assez et il en joue toujours ? Ne soyez pas sous son joug comme un bon trésor qui lui tendrait l’autre joue… A coup de joute verbale c’est le moment de le déjouer ! Soit, vous êtes en droit d’attendre une bague à votre doigt mais pour votre cou, optez pour les bijoux de Julie et n’acceptez que l’attache des créations Be Arty. Vous aurez le teint rose tant monsieur sera vert mais à présent, ce sont les prémices de la création qui doivent être découvert…

Après une mise à niveau en art appliqué et un bts design d’espace, Julie admet honnêtement n’avoir jamais eu vocation à fabriquer des bijoux. Grandement attirée par la création et toutes sortes d’expérimentation – de la peinture au collage en passant par la couture – c’est en se consacrant à l’accord des couleurs et des matières que cette touche-à-tout se destine à devenir décoratrice d’intérieur. Il suffit pourtant d’un projet d’art plastique pour que cette parfaite autodidacte prenne conscience de la réelle décoration de son appartement : un espace entièrement composé de pinces, de moules et de perceuses…. A l’évidence, fabriquer des bijoux n’avait plus l’air d’un passe-temps! C’est donc naturellement que Julie décide de suivre son instinct et d’autoriser ses doigts fougueux à calmer cette démangeaison créative. : « Il y’a d’abord eu plein de ratés et puis, petit à petit, de beaux accidents ». Il lui faudra, certes, une longue remise en question et beaucoup de courage pour oser exposer ses compositions ou davantage pour se revendiquer créatrice « J’ai en horreur ce statut, c’est comme le mot « design » après le passage de Valérie Damidot » mais dans une démarche artisanale, Julie se décide à combattre les clichés et revendique la recherche et le contact avec la matière. Une minutie et un goût pour la difficulté qui lui fait réaliser à quel point elle peut être « folle » lorsqu’elle se met à dialoguer avec le détail. Et si, dans la forme, elle semble terre à terre , sachez que cette rêveuse dans l’âme passe chacune de ses fabrications dans le prisme du fantasme afin que son imagination puisse continuer à l’envoyer dans le monde de tous les possibles.

Un monde Be Arty, idyllique et créatif dans lequel on s’engage à « artialiser la banalité », un monde rétro influencé par les années 80, ses vieux tubes et ses friperies, un monde où l’on constate une certaine nostalgie – celle qui, plutôt que de faire souffrir, fait naitre le présent et exister le futur – mais surtout un monde qui permet à la créatrice de quitter celui qui l’effraie pour créer librement en sifflotant les notes… Dont worry be Arty : « Notre génération n’est pas gâtée, quand je m’enferme dans ce nouveau monde je peux me répéter : allez Julie, on y va, on y croit ». Pourtant, si cet espace a d’abord eu l’allure d’une bulle artistique, la pugnacité de Julie lui a donné l’élan suffisant pour la percer et (s’)exposer sans crainte. Mieux, c’est en proposant une première collection en résine et une seconde en céramique qu’elle a également prouvé son habilité à sauter par dessus des décalages de matière et à apprivoiser des styles éloignés des tendances : « J’ai toujours été frustrée de constater qu’en France, on a du mal à se démarquer, il faut toujours que tout le monde soit d’accord pour adopter un style ». Voulant s’émanciper de ce qui existe déjà et parer le cou de ses clientes d’objets qui n’aient pas l’allure d’une corde, Julie a surtout le mérite de redonner une image plus actuelle à des matières qu’on croyait faussement démodées. Et savez vous quel est le comble pour une créatrice de bijoux ? Et bien c’est de ne pas vouloir en porter, car l’identité visuelle de chacun d’entre eux est si riche qu’elle préfère les accrocher sur son mur pour mieux s’en délecter.

Lorsque Julie partage à l’équipe Lyonnes la force de sa passion et de cet amour de la fabrication – qui n’est pas du toc ! – on se surprend à partir à ses côtés dans le magic world Be Arty. Pourtant, si cette jeune créatrice est un maillon de l’audace lyonnaise c’est bien parce que le monde qu’elle a choisi est composé d’importantes difficultés psychologiques et financières. En plus du talent, le portier teste votre acharnement et réclame à l’entrée une capacité à être débrouillard. Insistant sur le long chemin qu’elle a déjà tracé, celle qui résume son parcours à celui d’ « une fille de la campagne sans contact, lâchée dans la ville avec ses idées » peut aujourd’hui s’applaudir de sa réussite. Car, bien décidée à combattre l’image de l’artiste illuminée qui n’a pas le sens du travail, Julie ne cesse de s’accrocher pour prouver à un entourage qui n’a aucune affinité avec la création à quel point l’oeuvre de sa vie s’éloigne chaque jours d’un simple loisir créatif.

Suite à de très belles ventes à la biennale d’art contemporain et à la Sucrière, Julie souhaite à présent intégrer les boutiques lyonnaises qui lui ressemblent et, dans l’idéal, s’installer dans un atelier boutique qu’elle transformerait en un lieu de mouvance, de rencontre et d’exposition. « Ce qui me toucherait vraiment, ce serait que des artistes lyonnaises comme Kcidy portent une de mes créations pendant un concert » ( Cassedédi pour Kcidy si tu nous lis…) Dans l’attente, elle continue de s’atteler à sa prochaine collection automne-hiver et comme les hommes sont de plus en plus nombreux à frapper à la porte de Be Arty, elle réfléchit également à habiller leur corps de ses bijoux. Un premier succès lyonnais qui s’étendra possiblement de l’autre côté de la Manche si le couple de créateurs londoniens sensibles à son univers s’engage à l’exposer… Et bien il me semble que vous avez la preuve qu’une créatrice de bijoux comme Julie est bien loin d’enfiler des perles !