L’Audace KissKissBankBank

Vous avez tous été touchés – parce que votre projet a navigué grâce à la plateforme, ou parce que vous avez fièrement jeté votre goutte dans l’océan – par la vague KissKissBankBank. Celui qui est resté sur la rive et qui a manqué de se faire éclabousser par cette innovation, pour dire vrai, j’ignore kiss-é. En revanche, je suis prête à « banker » que personne ne connaît réellement les entrepreneurs qui tiennent la barre de ce projet et encore moins l’histoire de leur traversée. En gros, vous vous êtes surement déjà dit : mais kiss-onsse ces génies ? Car vous vous en doutez, tout projet audacieux commence par une esquisse et, s’ils n’ont pas fait bankroute, il a bien fallu que l’entreprise KissKissBankBank naquisse. Aujourd’hui, la Team Trafalgar vous propose de gratter cette longue onomatopée afin de retracer leur épopée crowdfundesque. Et vous allez le voir, Adrien et son équipe sont bien de ceux qui n’ont pas attendu qu’on Bank sur leur Audace pour s’assurer une place…

En croisant Adrien sur son chemin, la Team Trafalgar comprend qu’elle s’apprête à découvrir l’antithèse du profil classique, le genre d’audacieux qui s’apprête à dérouler un parcours on ne peut plus atypique. Et pour cause, sachez qu’à seulement 30 ans, ce parisien est déjà le fruit d’environ cinquante vies. La première, il a été jeté dedans à l’âge de 14 ans lorsqu’il choisit de quitter l’école en toute décence et de suivre, sous le regard des assistances sociales, des cours par correspondance. En réalité très peu assidu, on constate que cette tête brûlée est plutôt du genre à ne pas se laisser porter. Pressé de s’émanciper, son premier objectif est surtout de devenir « un adulte avant l’âge ». D’abord mini-apprenti sur les plateaux de cinéma, Adrien ne s’arrête pas là puisqu’à l’âge de 16 ans, il monte sa première entreprise de court métrage : « À cet âge là, quand tu déposes tes premiers statuts, que tu gères une entreprise, ça t’apprend vite à avoir la niaque »! Une énergie qu’il conservera jusqu’à la fermeture de sa structure mais qui ne l’empêchera pas, après un court passage d’assistant télévision pour Thierry Ardisson, de remonter une entreprise de conseil en marketing. Si un manque de client le pousse à un second échec, à 21 ans, Adrien rejoint une agence de publicité et ouvre enfin les bras au monde du salariat. Le CV pauvre en diplôme et l’audace griffée par les déceptions, il se présente aux côtés de son instinct et de ses passions, qu’aucune institution n’aurait pu lui enseigner : « Derrière l’Audace que j’ai, il y a quelque chose de plus physique : la passion. C’est seulement quand tu es passionné que tu te mets à bosser comme un acharné. Par exemple, c’est Audacieux de dire à quelqu’un qu’on l’aime, mais si on est passionné et qu’on l’aime très fort, ça se fait naturellement! »

Très naturellement donc, Adrien entame en 2007, une discussion passionnée avec sa cousine Ombline, spécialiste de la musique depuis plus de dix ans et Vincent, son mari, manager média et sport, connu pour être un serial-entrepreneur. Constatant tous les trois que, paradoxalement, le public n’a jamais autant écouté de musique que dans cette turbulence de l’industrie du disque, ils se mettent à réaliser que l’air du partage est réellement en train de s’imposer : « On a constaté que le réseau était décentralisé et qu’aucun modèle économique ne pouvait changer la donne. Pour que les artistes continuent la musique, il fallait donc se bouger et envisager un nouveau mode de consommation» ! En continuant de chercher la solution capable de faire survivre la création musicale, Ombline, Vincent et Adrien se mettent à analyser l’émergence des réseaux sociaux : « À ce moment là, on se dit que si les gens sont capables de mettre une photo de leur enfant sur internet, ils seront forcément capables de donner de l’argent – ce qu’il y a de plus intime – pour participer à un mode de financement participatif. » Une soirée à en parler, deux ans pour poser l’idée de plateforme de projets musicaux sur papier, pour finalement réaliser que tous les secteurs pouvaient, un jour, être essoufflés. En mars 2013, le nom est trouvé – tout droit inspiré d’Ombline qui termine toujours ses mails par « kisskiss » – la société créée, la plateforme généraliste lancée et ce, sans savoir, qu’ils n’allaient pas tarder à devenir les pionniers du crowdfounding français! « Notre kiff aujourd’hui, c’est de se dire que notre outil facilite la vie des gens adeptes du « Do it youself ». Certains projets ne vont pas changer la face du monde c’est vrai, mais les 13 000 projets qui ont pu être crées grâce à notre société, ça, ça peut la faire changer! »

Reconnaissant sans détour les difficultés rencontrées lors des premières années de lancement – « On était un peu gauches car au début 9 choix sur 10 sont des erreurs. Tu n’as pas d’expertise et en plus tu inventes ton métier » – Adrien insiste également sur « l’énorme travail pédagogique » qu’un tel projet implique. Prêts à prendre le temps d’éduquer parfaitement les gens à cette dimension d’intelligence collective, Vincent – chargé du développement, des investisseurs et du management – Ombline – du côté de la direction artistique, de l’évènementiel et de la communication – et Adrien – chargé des services et du suivi individuel de chaque projet – sont bien décidés à faire voir du pays à leur innovation : « On a mis 3 ans pour récolter 2,2 millions d’euros, je peux vous dire que c’est un vrai travail de terrain ! Mais comme dit Chirac, « une poignée de main, c’est une voix de plus » alors on n’a pas hésité à sortir du web » ! Ne se contentant pas d’en sortir, Adrien s’est même dévoué pour partir – d’aventures en aventures, de ports en ports, de trains en trains… – à la rencontre des acteurs de tous les secteurs créatifs de demain. D’un rendez-vous  autour d’un reportage sur la guerre en Syrie à la rencontre d’un musicien électro en passant par une conférence à la Gaîté Lyrique dédiée à l’art contemporain, Adrien a « baroudé de milieux en milieux » pour sensibiliser chaque secteur au crowdfunding : « La fatigue on ne la gère même pas, on fonce ! Le moteur il est dans le kiff ! Ce n’est pas pour l’entrepreneur que c’est dur, mais pour les gens qui l’entourent ! Tu vois moins tes proches, quand tu les vois tu les saoules avec ton travail et tu accumules tellement de connaissances que quand tu retrouves ta mère, ta copine ou ta soeur et que tu n’es pas d’accord avec elle, tu vas presque lui faire un powerpoint! Il y a un côté chien fou dans cette aventure! »

Un animal à qui Adrien n’a  jamais emprunté sa docilité, préférant lui prendre cette rage et cette volonté de défendre son bout de viande malgré la rapide montée de la concurrence : « J’avais envie de réaliser ce qui semblait impossible à faire sur le papier ! » Devant faire preuve d’Audace devant ceux qui ne croyaient pas en l’avenir de leur projet, les trois associés de KissKissBankBank, accompagnés par leurs 16 salariés et surtout portés par leurs 500 000 membres, s’activent à présent à développer leur marque à l’international! Comme si ça ne suffisait pas de courir de Bruxelles à Montréal en passant par Berlin et l’Italie, ces Audacieux ont depuis, lancés Hello Merci – une plateforme de prêts solidaires dédiés aux projets non créatifs – et Lendopolis, pensée pour aider les PME et les TPE à se développer. Fatigué mais avec un sourire qu’il est presque impossible de lui enlever, Adrien ajoute : « On a d’autres idées en tête et on à de quoi faire ! Je suis blanc, je suis livide, transparent même, mais je suis heureux! » Et quand on demande à celui qui se définit comme un « ex-branleur, plus dans le rêve que dans la réalité » quand est-ce qu’il compte vraiment s’arrêter, la réponse semble à présent évidente : « Comme ce pianiste qui a joué pendant 24 h d’affilé, j’ai envie de faire une conférence de 24 h avec 24 thèmes. Peut-être qu’à ce moment là, je tirerais ma révérence ». Et on a de quoi se méfier, car on sait que quand l’Audace s’invite dans le corps d’un entrepreneur passionné, les rêves sont souvent amenés, à devenir réalité…