La dynastie Hokins

En terre lyonnaise, réputée pour être irriguée à l’électro pop, une haute tour s’est implantée et, depuis 2012, n’a plus quitté le champ de vision des habitants. On y voit lourd stoner forcer la porte pour y trôner, au moment où la fraîcheur de l’electro rock se glisse par les meurtrières. Malgré la différence entre ces deux contrées, il n’existe aucune bataille de titre ! Assez courageux pour sortir des rangs et mettre tout le monde dans le même… morceau, le disco punk – rock fait son entrée à la Cour. Habité par le défi, ce n’est pas Don Juan qui demeure dans le donjon, mais bien le souverain Hokins. Ici, aucune princesse, la musique est leur seule comtesse, leur reine, Queens of Stone Age et pour le Duc ? The Dukes.  

Avant la fortification du groupe, ces quatre musiciens ont commencé par unifier leurs terres. En guerriers redoutables, ils confessent sans attendre que leur Saint Graal a toujours été la musique : « c’est simple, aucun autre parcours n’était envisageable ! ». Une conviction acquise bien avant l’heure : Johan commence la batterie à dix-huit mois et apprend à marcher sur du rock anglais. Adrien gratte pendant neuf ans en ne récitant qu’un alphabet A.C/D.C. Cyril, le bassiste, se laisse guider dix ans par sa « Muse » tandis que Clément, dans le Noir Désir de Jeff Buckley, consacre cinq ans de sa vie au chant. Leur maîtrise individuelle ne fait aucun doute, alors, quand ils choisissent de s’unir, l’évidence se fait entendre. Rassembler les armes, fonder un solide édifice pour imposer la nouvelle dynastie Hokins ! Dans ce pouvoir à quatre têtes, le Travail est le seul à pouvoir prétendre au titre de leader : « on est quatre grandes gueules et on peut vous dire que ça fait du bruit ! » Si le maître exige un rythme de soixante-dix heures par semaine, le groupe marche en cadence et se lance au combat : « le groupe est au centre de notre vie, on n’arrive pas à faire autre chose. On ne fait pas de poney, on ne va pas à l’accro branche, » ajoute Adrien, avec humour. À cheval sur leur instrument, ils coupent les mauvaises herbes, ne restant fidèles qu’à une seule branche : celle qui est à la hauteur de leur ambition. Décidés à rester sur tous les fronts, même lorsque le batteur quitte la contrée lyonnaise pour s’envoler à Shangaï, les Hokins ne sont prêts à prendre aucune distance avec l’efficacité.

Des cours de chant aux techniques de relaxation corporelle, des paroles à double sens, souvent caché derrière l’armure, en passant par la composition et la production, avec ce groupe tout est savamment maîtrisé. Parvenus sans surprise à séduire le public par des compositions anglaises déroutantes, les Hokins s’engagent à présent vers un nouveau défi. La nouvelle est tombée… dès le mois de septembre, leur dynastie ouvrira leur porte à la langue de Molière : « nous avons capté le public avec la langue de nos influences, à présent il est question de le toucher. » Le toucher ? S’il se pensait déjà giflé, il doit à présent s’attendre à du béton armé…

Groupe de live à part entière, quand Hokins quitte son manoir pour monter sur scène, sa puissance est décuplée. D’abord marqué par une énergie qu’on se surprend à imiter dans l’ombre, c’est au tour de la technique de nous fixer sur place. De « Let me » à « Bad Race », un seul regret nous anime…Celui d’être physiquement limité, car on voudrait se laisser emporter dans une spirale de riffs de guitare sans avoir à quitter des yeux la maîtrise du bassiste. Pourtant, cette fois, on s’était juré de se donner le plaisir de fixer l’incroyable coup de poignet du batteur… On était prévenus, pas de repos pour les guerriers ! Comme si la base rythmique n’était pas suffisamment performante, la voix de Clément, qui s’ajoute innocemment, révèle ses talents d’hypnotiseur : «  si le public ne se baisse pas au moment demandé, c’est qu’on n’a pas fait le travail pour être dans la même bulle qu’eux, cela n’est jamais arrivé alors on croise les doigts ! ». Avec la réussite de cette prestation magnétique, leur capacité à mettre leur don au service de l’ensemble ne fait aucun doute.

Écoutant discrètement Barbara et Michel Delpech, les Hokins nous révèlent combien ils ont été marqué par la rencontre de Patrick Bruel… (Non, ils n’ont pas perdu le sens de l’humour depuis qu’ils ont le sens des affaires…) Ayant eu, en réalité, la chance de jouer un soir où Shaka Ponk est dans le public, le groupe revient sur le plus grand moment de l’aventure Hokins : « on avait répété très tard, après les heures de route on commençait à flancher, quand on a su qu’ils étaient dans le public… c’était parti ! ». Mais pas fini ! Quand les Hokins descendent de scène, au tour du chanteur des Shaka Ponk de se prononcer : « Énorme, la claque ! »

A quelques jours de la sortie de leur EP, les Hokins continuent à fixer la bonne étoile qu’ils sont persuadés d’avoir au dessus de leur tête. Guidés par leur emblème – le hibou – ils guettent dans la nuit celle qui, à défaut de leur permette de jouer avec Nirvana et Elvis (l’étoile n’est pas non plus magique), continuera de les pousser au devant de la scène.