La course à l’accomplissement

I am happy to join with you today in what will go down in Trafalgar as one of the greatest demonstrations for Audace in the history of our Magazine.

Chez Trafalgar, nous sommes tous de grands sportifs, de ceux qui supportent tout et surtout les meilleurs ! Alors tu penses bien, cher lecteur, qu’en déboulant ce jour-là au petit trot dans le stade de l’Athletic Club de Tassin, nous nous sentions tels guépards dans la savane, que dis-je, tels fiers lions parmi les Grands Lyons ! Je vois un sourire ironique et dubitatif se dessiner sur ton visage. Mais il n’empêche que nous avions bel et bien repéré gazelle des îles à notre goût !

Anaïs, dix-huit ans, nous attendait fièrement campée sur deux jambes longues et fines. Elle est jeune il est vrai mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années… Notre audacieuse a donc huit ans lorsque sa famille quitte la Réunion, où elle a passé six étés de sa vie, pour emménager à Lyon. En coureuse de fond, elle se lance alors les deux pieds en avant dans l’athlétisme. Pour trouver son territoire de prédilection, oriente tes pas du côté de la piste 400m en saut de haies… Anaïs explique : « Mon père était champion de France en cross. Il est devenu coach, je l’ai regardé entraîner des athlètes toute petite, c’est une passion qu’il m’a transmise. J’ai voulu commencer le plus vite possible… » J’ai écrit les deux pieds en avant, et pourtant dans sa course elle n’hésite pas à les dissocier et à accomplir un fabuleux grand écart au-dessus de l’obstacle Temps, un pied du côté de la piste de Tassin et l’autre en route pour l’IAE de Lyon, où elle poursuit ses études en horaires aménagés… Tête et jambes ne sont donc pas en reste de muscles, car elle veut être performante sur tous les stades !

She cannot run alone. And as she runs, she must make the pledge that she shall always run ahead.

Anaïs en 2014, rime avec Vice ! Elle est la Vice-championne de France au 400 mètres en salle, au 400 mètres de haies et au 800 mètres. Anaïs en 2015, est une demi-finaliste au Championnat d’Europe du Nord en Suède en 400 mètres haies, et passe au stade du dessus en devenant la Championne de France au 400 mètres en salle. Anaïs en 2016, enchaîne avec le titre de Championne de France universitaire en 400 mètres haies. Anaïs s’est même qualifiée pour le Championnat du Monde junior au 400 mètres de haies de 2016…

Remballe donc tes épinards, Popeye, tu vois bien qu’ici nul n’en a besoin ! Point de régime contraignant à l’horizon, mais un entraînement solide et régulier avec ses deux coachs et son groupe du club de Tassin et de L’ESL Pierre-Bénite. C’est donc sur un tartan à demi sous la lune, entourée de ses amis, que notre athlète nourrie d’Audace préfère laisser ses jambes la précéder. « Nous sommes un grand groupe de potes, et la plupart de mes meilleurs amis sont là. Je suis contente de venir au stade, j’ai envie de venir… C’est une grande motivation. » Ainsi donc, cet esprit de groupe serait la clef de sa réussite ? Pas si vite, mon cher Watson, nous avons sciemment oublié de te livrer un autre indice majeur. « Il n’y a jamais eut de tension avec mes coachs… D’autant plus que l’un d’eux est mon père ! On a toujours été sur la même longueur d’onde, notre relation est basée sur de la confiance, où chacun sait ce qu’il doit faire. » Cependant l’athlétisme est tout de même un sport individuel, nous diras-tu, alors il doit bien être plutôt solitaire que collectif… Que nenni ! Anaïs souligne qu’il ne faut pas confondre théorie et pratique : l’atmosphère du stade déborde d’encouragements, de beaux gestes de soutien, et du sentiment d’unité au sein du club lié à la certitude d’appartenir à un groupe. Lors des compétitions inter-clubs, tandis que les athlètes jonglent avec les vagues d’adrénaline ambiantes, des bandes peintes par leurs soins dansent sur leurs visages maquillés aux couleurs de leur équipe.

Let us not wallow in the valley of despair, I say to you today, my friends. Because so even though she faces the difficulties of today and tomorrow, she still has a dream.

Elle court, elle court, la maladie d’Audace… Anaïs détient le titre de douzième meilleure performance française de l’Histoire en junior avec un chrono de 58’’44 en 400 mètres de haies, et affirme qu’elle n’a jamais connu de « grosse galère de la vie, ni de réelle blessure. » Mais ne freine t-elle donc jamais ? « Anaïs est prudente, elle écoute les conseils. », la félicite son père. Elle a pourtant dû souffrir des passages à vide où, indisposée, elle n’a pas pu courir à son niveau. « Au championnat d’Europe j’ai fait 13e à cause d’une blessure, j’étais frustrée, j’ai senti mes limites… Alors oui, on peut perdre confiance parfois. »
Mais notre audacieuse s’extirpe du magma de la frustration, se cramponne à ses baskets et refuse de se laisser décourager. Anaïs est une fonceuse. Confiante et optimiste, elle s’amuse même aux dépens de certaines pratiques intimidantes qui ne troublent pas son humeur toujours égale. « Si tu portes une culotte au lieu d’un short, ça donne un air plus haut niveau… C’est des trucs tous bêtes ! Mais je n’aime pas faire de distinctions, je ne me laisse pas trop impressionner. » Dans ce milieu où chacun surveille le chrono de son voisin, notre audacieuse est si fair-play qu’elle s’est même liée d’amitié avec sa principale concurrente « Pendant la compétition, on est toujours amies, mais on sait aussi qu’on va se battre pour gagner. » Notre championne est modeste. Superbement modeste. Ne l’interroge pas au sujet des distinctions qu’elle récolte dans sa course, son humilité en sèmera en route ! Pourtant, elle sait viser des objectifs ambitieux : « Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, mais je n’ai pas peur, s’il faut qu’en 2020 je sois aux JO, je me fixe l’objectif d’être aux JO en 2020. » Pour que ses rêves soient plus rêvés mais deviennent bien réalité, notre audacieuse s’appuie sur sa motivation et sa persévérance. Elle sait qu’il ne faut jamais lâcher ses objectifs, et se donner les moyens de réussir. Elle souligne, le regard déterminée, qu’il ne faut pas avoir peur de s’entraîner. Et de notre côté, nous voyons là comme un écho à ce que nous avons toujours soutenu. Dans les portraits ou sur le stade, comme dans la vie, si l’on veut être couronné de lauriers, ce n’est pas tout de se reposer dessus… Il faut suer, persévérer, et les conquérir ! « Il y a forcément des moments où l’on se sent faiblir, mais on rebondit et finalement le travail finit toujours par payer. »
Anaïs est bien dans ses baskets. Munie de ses tresses et de sa bague porte-bonheur, elle se sent prête à mener études et compétitions de front sans trébucher. Elle ne peut considérer ce choix ardu comme un sacrifice. Alors oui, parfois elle se sent différente des autres, et elle sent peser son désir d’excellence. Mais elle sent aussi que cette pratique intense de l’athlétisme l’aide à avancer dans la vie de tous les jours, et à toujours retomber sur ses pieds. « Je m’organise, j’anticipe, et je ne stresse même plus pour les examens comme le Bac ! »

She has a dream that one day, elle se qualifiera et sera performante aux Jeux Olympiques. She has a dream that one day, elle sera épanouie sur tous les stades de la vie.

She has a dream that one day, elle remportera cette course à l’accomplissement pour une belle estime de soi.

She has a dream today !

Anaïs sait qu’elle ne sera jamais dégoûtée de l’athlétisme, qu’elle ne renoncera pas, et qu’elle ira aussi loin qu’elle le pourra. « On a toujours envie de plus ! On est super content, mais peut-être qu’au fond de soi on est toujours insatisfait. » Elle est prête à s’organiser, à sauter par dessus tous les obstacles, aussi bien dans le stade que dans la vie. Et tant mieux si c’est difficile ! En témoigne son moment préféré dans la compétition. « Le moment où tout se joue, pendant la course, quand il faut faire des choix qui seront déterminants. C’est à toi de gérer à ce moment-là, et c’est un défi. » Anaïs, Trafalgar l’a flairé tout de suite, est une audacieuse qui ose rêver, qui se fie à elle-même, sans se soucier du regard des autres. Plus tard, notre athlète a bien l’intention, comme son père, de transmettre sa passion à ses enfants. Et peut-être leur dispensera-t-elle également ce conseil juste et avisé qui l’a marquée lors de son premier podium : « Anaïs, ne prend jamais la grosse tête. Même si un jour tu vas très loin. » Si la modestie est héréditaire, nul doute que l’Audace le soit aussi.

« Anaïs est une bonne personne, qui a le goût de l’effort. J’espère qu’elle va continuer à être une bonne personne. », nous déclare son père et entraîneur pour conclure l’interview… Ce jour-là, nous avons trouvé le Soleil de Tassin-La-Demi-Lune, un Soleil qui voit son vent paternel chasser les nuages autour de lui, et qui brûle, brûle, brûle, pareil aux fabuleux feux jaunes de chandelles créoles explosant en un feu d’artifice dans la nuit, à travers des étoiles.

This is our hope, and this is the faith that I go back to Trafalgar with. With this faith, we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of Audace.