Le Papi(er) se met à la page !

Durant la seconde guerre mondiale, Papy faisait de la résistance, bien décidé à défendre sa belle France. En 2014, voilà qu’il annonce son débarquement à Lyon. En passant devant le musée de la papeterie, il se présente à nous : Nicolas, jeune homme de vingt-sept ans. Sa résistance, assurément, il l’a toujours dans le sang mais aujourd’hui, il a une nouvelle mission. Celle d’oser, d’« oser le papier » en misant sur sa rareté. S’il défend son territoire, n’allez pas croire qu’il souhaite évincer l’envahisseur : l’ennemi numérique. Armé de son smartphone, l’Audacieux use de toutes les technologies. Son ton est aussi léger que provocateur lorsqu’il rit au nez des réactionnaires de la papeterie. Tant pis pour ceux qui ont loupé le « webisme » . Vous n’y comprenez rien ? L’entrepreneur a créé une marque web dédiée au papier pour la confier à une équipe hyper-connectée. Vous savez ce qu’on dit, il ne faut pas contredire Papy car quand il s’agit d’ancêtres, il n’en fait qu’à sa tête. Le combat refuse tout stéréotype : les amateurs de papier sont encore loin de casser leur pipe !

Avant d’être nommé co-fondateur, Nicolas commence une alternance dans un cabinet d’études de marché et poursuit son Master d’entrepreneuriat et d’audit-gestion. Impatient de créer son entreprise, il n’hésite pas à sauter les étapes pour tenter d’accélérer les années : « je ne suis pas allé si vite, depuis le CE2 je veux devenir PDG », dit-il en riant. « Câblé » pour pouvoir faire tout ce qu’il veut quand il veut, il se lance d’abord, « comme un barge » dans la création d’un lieu à vocation business. Un premier objectif réussi mais qui le fait douter : l’Audacieux ne souhaite pas attendre ses vingt-cinq ans pour s’associer. Chez lui, on dirait qu’il suffit d’y penser pour y arriver : Nicolas croise sur sa route le « serial-entrepreneur » Paul Marcadé. Si leur premier projet n’aboutit pas, ils restent décidés à unir leur « solide back-ground » pour pivoter vers une nouvelle entreprise spécialisée dans le conseil et l’investissement. À force d’étudier les marchés, Nicolas a l’idée de lancer sa propre papeterie : « j’avais le parfait syndrome de la femme enceinte. Je voulais tout, tout de suite. » D’abord tête pensante du projet, au milieu de Paul et de son frère Pierre – « capitaine-imprimeur » – Nicolas témoigne de son envie de porter le projet. Aussitôt dit, aussitôt fait, en mai 2013 la machine de guerre est préparée et Le Papier fait de la Résistance, lancé.

« Accro au papier », sans surprise, Nicolas commence son projet en gribouillant sur une feuille de carnet. Des pages et des pages gonflées d’idées à valeur ajoutée, l’antre des belles directions à emprunter. Amoureux des « beaux produits », avec son oeil affûté, Nicolas a tout pensé pour réaliser des carnets de la plus belle facture. Promesse tenue : de la couverture au grammage, celui qui se définit comme un « dictateur artistique », élabore le parfait carnet. Une numérotation à rebours, des pages prédécoupées pour permettre à vos idées d’être bien à plat : « J’ai été un peu égoïste, car j’ai pensé le carnet comme je le voulais, moi. » Perfectionniste, surtout. De ceux qui sont allés jusqu’au berceau du graphisme, confier leurs idées au savoir-faire barcelonais :« Notre fabricant est entouré de veilles machines, il a les mains calleuses, c’est génial ! » Comme un enfant le soir de Noël, Nicolas ouvre devant nous un de ses carnets : « vous entendez ce petit craquement quand le carnet s’ouvre et ce son rauque quand on déchire une page? Je l’adore, il ne lui manque plus qu’une odeur ! »

Jeune patron émerveillé à chaque naissance d’un de ses bébés, Nicolas compte bien rester « cette caricature de la jeune start-up motivée », celle qui n’hésite pas à foncer et à terminer son sprint au-delà de la ligne d’arrivée : « Vous savez, je n’ai pas honte de dire que je suis accro au taf ! Pour l’anecdote, quand je travaillais sur le projet, j’ai passé mes vacances à traîner ma copine dans toutes les librairies pour voir ce qu’il se créait pendant que j’arrêtais. » Travail acharné, succès mérité. Vendus aujourd’hui dans plusieurs lieux de distribution, ces carnets auraient raison de bomber le torse. Qui ne le ferait pas quand un ambassadeur de France annonce sa volonté d’en faire une référence et lui fait prendre ses aises dans la plus grande librairie Franco New-Yorkaise ?

Parce qu’il a déjà noirci huit carnets de ses idées, Nicolas consacrera son dernier à ce qu’il nomme « le bel alignement des étoiles. » Une dernière page, l’espace privilégié qui relaterait sa rencontre avec Paul Marcadé sans qui il n’aurait jamais pu se lancer. Il pourrait y ajouter ensuite quelques mots volés, en souvenir de ce qu’il nomme sa « débilité mesurée » et, en guise de  « storytelling », rappeler qu’il en fallait, de l’Audace, pour titiller Moleskine. En éternel optimiste, Nicolas n’accordera aucune place aux regrets et encore moins « aux conseils d’un vieux pensif avisé. » Et en guise de post-scriptum : « une fois piqué par l’entrepreneuriat, je vous le dis, vous êtes foutus. » À la fin de ce carnet d’histoires consacrées à l’histoire du carnet, les amoureux de la métaphore aussi, seront servis : « je tiens à dire que l’entrepreneuriat est un jeu qui vaut le coup de pied. Il faut oser balancer le ballon de rugby, s’attendre ensuite à ce que ça parte dans tous les sens et se dire que quoi qu’il en soit, ça avance. » Pour ceux qui ont manqué d’encre et qui ont préféré arrêter la machine, demain est une nouvelle page et dès votre réveil vous pourrez à nouveau attraper le papier et sauter. Même si vous n’avez… pas pied.