LES 5 SENS DE LAFABRIQ

En partant en direction du quartier des créateurs, vous pourriez vous retrouver en plein coeur de lafabriq. Broches, sculptures, carnets, dessins, bijoux, on a envie de tout toucher, de tout porter. Hélas, les bonnes manières sont bien accrochées à notre poignet ! Votre mère disait toujours : « on touche avec les yeux » ; l’avantage ici, c’est qu’ils ont de quoi s’emplir de détails Audacieux. Dans l’arrière boutique, se trouve une équipe de grandes touche-à-tout. Bulgomme, métal, laine, jersey, feutrine, papier… Un atelier dans lequel, leurs petits doigts savent tout manipuler. Bienvenue dans la mine des sept nains :  Dormeur éveille les idées, Atchoum les coule sur papier, Prof dessine des patrons et Joyeux… s’active à vendre ces beaux joyaux. Simplet et Grincheux ? Enfermés au sous-sol. Car dans cette fabriq croix-roussienne, on file, on coud, on ponce mais on siffle en travaillant.

Avant de s’installer dans cet atelier coloré, Pascaline, Julia, Anne-Lise, Noémie et Laurène, ont toutes franchi la porte des écoles des Beaux-Arts, Arts-Décoratifs ou Arts Appliqués. Arrivées de Strasbourg, de Lorraine ou de Franche-Comté, le réseau d’artistes lyonnais n’a pas manqué de leur tendre ses ficelles. Tout commence il y a cinq ans, avec Anne-Lise, la doyenne de lafabriq. Alors qu’elle cherchait un espace pour travailler sa « fantaisie joyeuse », elle est très vite rejointe par sa petite soeur, Noémie. Un premier élan de créativité suivi par Laurène, aussi à l’aise avec les accessoires qu’avec la sérigraphie. De quoi donner envie à Pascaline, la reine des bijoux au crochet, de s’accrocher à son tour à ce solide projet. Si aujourd’hui, lafabriq est une vraie boîte à bijoux, les filles n’ont pas hésité à ouvrir leur porte à l’univers graphique de Julia. Ici, tout se fait naturellement et la complémentarité des créatrices n’a pas manqué de transformer l’atelier en boutique.

Complémentarité esthétique, mais aussi éthique, puisque ces créatrices tiennent toutes à porter la broche de fabricante indépendante : « les bijoux H&M, ce n’est pas ici ! Normalement, les créateurs dessinent puis font ensuite fabriquer. Nous, on est vraiment dans la pure création, dans du fait main et de l’artisanat », précise Laurène. Avant de vendre dans leur boutique des pièces uniques, elles les travaillent authentiquement, dans cette moitié de pièce qui leur sert d’atelier : « on fait de la poussière, on laisse nos perceuses et nos matériaux traîner, mais si l’atelier était nickel, la boutique n’attirerait pas le regard. On travaille comme on est, avec une démarche artisanale sincère », explique Julia. Les filles de lafabriq ont du cran, assez pour se mettre à nu sous le regard des clients et les laisser déambuler derrière leur plan de travail : « on a une boutique dans l’atelier, mais on n’est pas des vendeuses. C’est parfois difficile de vendre alors qu’il est impossible d’avoir une relation détachée avec ce qu’on a créé », confie Anne-Lise. Heureusement, à lafabriq, le but n’est pas « d’héberger des artistes », mais bien de « travailler sa propre marque » dans un esprit d’équipe. Pour cette mission, elles se reçoivent 5 sur 5 : « certains créateurs arrivent à être auto suffisants, mais nous, on a besoin de s’entourer pour se motiver et trouver l’inspiration. Notre autonomie passe par le fait d’être à plusieurs », explique Julia.

La passion de la création leur permet certes, d’avancer dans la même direction, le professionnalisme est leur vrai trait d’union. Loin des clichés des créatrices rêveuses et exaltées, les filles de lafabriq sont également des chefs d’entreprises décidées : « je trouve cela un peu romantique de penser la passion comme quelque chose de pur », lance Julia. Et Anne-Lise d’ajouter : « disons que la passion nous tient en veille tout le temps, mais cela fait longtemps qu’on la prend au sérieux. » Que leur cordon mette plus en valeur leur métier que leur passion, assurément, l’Audace est accrochée aux murs de leur maison. Audace dans les défis techniques et créatifs : en témoignent le bijou d’un kilo trente d’Anne-Lise, le « collier-crevette » de Laurène, le collier écharpe « surdimensionné » de Pascaline ou encore les créations érotico-humoristiques de Noémie et Julia. Audace dans cette capacité qu’elles ont à être tantôt spontanées – comme Pascaline, « la Speedy Gonzales de la production » qui tape du poing pour ne pas passer pour « le petit chinois de lafabriq » – tantôt minutieuses. « Les clients nous souhaitent parfois bon courage en partant, car ils ont encore l’idée du petit créateur qui bosse à son compte. Mais c’est vrai que quand tu découpes toutes tes petites pièces à la scie, il y a un côté labeur ! », plaisante Noémie. Audace, bien sûr, dans leur refus de se cantonner à créer dans leur salle à manger et dans cette volonté de mêler « l’expérience » d’Anne-Lise, « le dynamisme » de Pascaline, « la pugnacité » de Laurène, « la tranquillité d’esprit » de Noémie et « le sourire communicatif » de Julia « qui danse super bien Michael Jackson et imite Catherine Frot comme personne  !  »

Les clients sont nombreux à se rendre à lafabriq ; alors, pour faire vivre leur atelier-boutique à long terme, la communauté de travailleuses n’en finit pas d’être Audacieuse. Parce qu’elles n’ont jamais cessé d’exiger de leurs mains de se donner les moyens, elles continuent sur cette lancée, poussées par l’élan commun : « on n’a pas choisi ce travail pour être riches, mais si on ne gagnait pas d’argent, on finirait par sécher », précise Noémie. Faisant fi de certaines crises de panique liées à l’investissement personnel ou à la panne d’inspiration, les filles de lafabriq ont relevé le défi de s’ancrer dans les pavés lyonnais. Mais pas fini de chanter : « si on t’organise une vie bien dirigée où tu t’oublieras vite… Résiste, prouve que tu existes ! Résiste, bats-toi, signe, et persiste ! » Assurément, dans cette fabriq à bijoux, personne n’est là pour enfiler des perles !