Audace? Elle est au bout du fil!

« Quel est ton mot préféré ? » Lorsque je partais gaillarde et enthousiaste à la rencontre de la pétillante Marie-Anne, voilà bien une question que je n’avais pas prévue. Elle me la posa toutefois, et je restai un instant coite. En voici un, pour ce portrait, qui me vient à l’esprit : métaphore.

Notre Audacieuse a tout l’air d’une boîte à rêves. Ses paroles s’écoulent, cascade d’images frappantes en aval de son imaginaire vif et… spontané ? Si cette amoureuse des lettres n’hésite pas à revendiquer son caractère « perché dans les nuages », c’est pourtant avec minutie et rigueur, dates, noms, lieux, heures, qu’elle se présente à moi. Quelque chose me dit que sous la tête en l’air se cache une tête bien faite et bien préparée !

Revêt donc tes meilleures chaussures, intrépide lecteur, et voyons ensemble où vadrouilla cette véritable baroudeuse ! Bretonne, bordelaise, marseillaise, elle est ensuite indienne avant de se faire allemande puis d’atterrir à Lyon. Reprenons notre souffle. Marie-Anne devient alors cadre en gestion et délaisse ce statut pour se reconvertir en wedding planneuse. Elle a besoin de sentir le vent du renouveau souffler sur sa vie, cet air revigorant et porteur de poussières de folie. Elle cite « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. » Marie-Anne n’a pas eu peur de quitter les voies terrestres, portée par la brise de l’Audace. Son regard se perd sur ces mots, et elle retrouve ses métaphores inspirées et mûrement réfléchies…

« Quand on est dans une grande entreprise, me dit-elle, on est comme dans une longue avenue bordée d’arbres. » Elle poursuit. « C’est une avenue rassurante, car on n’a qu’à la suivre, docile. Mais lorsqu’on veut trouver notre propre voie, il faut franchir la barrière arborée, quitter l’avenue. Alors on entre dans une forêt, seul. Et puis on débouche sur un terrain vague. Il est immense, on est perdu. On erre, au hasard, et on rencontre bientôt d’autres « terrains vagueurs ». Parfois, on se demande s’il ne serait pas plus raisonnable de retourner sur l’avenue. Mais une chose demeure : on est complètement libre. »

« Quel est ton mot préféré ? » J’hésite toujours… Disons : Idéal, il m’évoque fort notre Marie-Anne.

Marie-Anne est organisatrice de mariages quand lui vient l’Idée. Elle constate que lorsque les mariés se disent oui, lorsque le bouquet est lancé, lorsque le couple danse pour la plus belle journée d’une vie, entouré d’amis, certains ne sont pas là. Certains, leur téléphone en main, ne sont définitivement pas là. « C’est quand même rageant ! Les gens ne se rendent pas compte à quel point ils font du mal aux mariés. » Alors naît la Box Populi, une petite boîte toute simple, pour tout le monde. Un lit où laisser la technologie s’endormir, silencieuse. Se déconnecter pour reconnecter. « J’ai l’impression d’avoir compris quelle petite pierre je peux apporter à l’édifice. » Cette jeune femme guidée par son idéal refuse l’anxiété, le stress, et toute émotion négative. Même si elle a souvent le cœur qui bat la chamade dans les montagnes russes de l’entreprenariat . « Tout peut arriver à tout moment. J’ai l’impression de vraiment vivre ma vie. Et j’adore ma vie. »

Pleine de ressources, elle avance d’un pas ferme dans cette vie chère à son cœur, et sous ses dehors d’étourdie, elle ne laisse rien au hasard. Son associé couvre ses arrières, et Marie-Anne ne tarit pas d’éloge sur les qualités de celui qu’elle considère comme un véritable phare : « Cette association est ma plus grande réussite. Je suis fière d’avoir réussi à lui faire confiance, parce que j’aime bien tout contrôler ! Il y a six mois, je n’aurais jamais su que j’en étais capable. » Une soliste en duo ? Notre tête pensante est victime d’un autre paradoxe. Loin d’être le nez dans sa Box Populi, elle confie être souvent l’oreille contre son téléphone ! Ultra-connectée pour que le monde déconnecte, notre sacrifiée trouve tout de même le temps de lâcher le bras du virtuel pour attraper celui d’êtres de chair et d’os… lors de ses cours de tango ! « Je me suis aperçue que j’essaye de tout maîtriser dans ma vie. Ce ne fut pas chose facile, mais maintenant cela me fait du bien de me laisser guider par mon partenaire ! » De retour dans son entreprise, elle s’adonne au tri systématique. Quel tri ? Celui des contingences qui se trouvent dans son bocal mental rempli d’impératifs ! Les « gros cailloux » d’abord, car ce sont les tâches les plus importantes de la journée, puis le « gravier » dont on pourrait se passer, puis le « sable » futile. « Le plus dur, c’est de pouvoir les différencier. Aujourd’hui les gens n’y parviennent pas. Et le téléphone leur amène beaucoup de sable. » C’est ce sable qui empêche de croquer la vie à pleines dents, « et mon côté passionné dit que c’est dommage », déclare cette rêveuse lucide.

« Quel est ton mot préféré ? » En voici un plaisant qui me vient céans ! Très beau. Mirifique, vraiment : Entraide.

Marie-Anne estime n’avoir jamais tissé autant de liens que sur le « terrain vague de l’entrepreneuriat ». Elle s’est accrochée au maillage d’entrepreneurs de La Cordée à Lyon, et a bénéficié de conseils qu’elle a ensuite « secoués, pour en faire quelque chose à [sa] sauce ! ». Cette fonceuse méthodique parvient à se forger un rapport critique vis-à-vis des avis qu’on lui dispense. Elle-même prône la confiance en soi et en son idéal : « Il faut se donner les moyens d’avancer avec bienveillance. » Fausse solitaire, Marie-Anne estime avoir besoin de proximité avec ceux qui partagent son avenir. Elle prélève en chacun un soupçon de « magie » et s’en inspire…

Optimiste en toute circonstance, elle n’a aucun regret, et n’a jamais songé à abandonner. Elle s’est heurtée au doute et même à l’incompréhension de ses proches restés dans l’avenue du salariat, mais elle a pourtant toujours refusé de renoncer à sa vision d’un monde où les liens réels dominent les ponts fictifs. Aujourd’hui, elle se refuse les voyages, les petits plaisirs frivoles. « Je ne lâcherai pas », affirme-t-elle d’une voix qui ne laisse planer nul doute malencontreux. Hardie, Marie-Anne est résolue à avancer toujours plus loin dans cette aventure qu’elle écrit de sa plume audacieuse. Comme pour souligner son propos, elle dévoile sa métaphore favorite : « C’est comme si tu étais sur une chaloupe que tu as construite toi-même. Parfois tu es confrontée à des tornades, tu es tentée de te laisser absorber par un paquebot, tu embauches des marins sans savoir si tu peux leur faire confiance, ou tu dois reconstruire ton pont, ta coque. On ne sait jamais ce qui peut arriver, mais on y va. C’est l’aventure ! »

« Quel est ton mot préféré ? » Audace ! C’est celui de Trafalgar, je sais bien que tu n’attendais que lui !

Pour obtenir de l’Audace à la sauce Marie-Anne, munissez-vous d’un rocher, d’une rivière et d’un peu de brume. « Tu sautes du rocher, et tu ne vois pas bien ce qu’il y a en dessous. Mais quand tu es en l’air… » L’Audace est une mise en danger, un défi. Ce n’est pas une « histoire de couilles ». Notre entrepreneuse a longtemps cru trainer un amer boulet dans le monde du travail, accroché à son courage comme une sangsue à un malheureux. Un boulet étiqueté « femme ». Mais elle a tiré un trait de bon sens sur le dictat du patriarcat et cherche à présent à se rendre la plus visible possible. Indissociable de sa Box Populi, elle apparaît dans la presse et rencontre le beau monde. « On te voit partout. », tel est le compliment qu’elle veut entendre. Une femme dans un monde d’hommes ? Elle les éclipsera tous.

« Quel est ton mot préféré ? » Lorsque Marie-Anne me posa cette question, je restai un instant coite et la lui retournai aussitôt. Me la posa-t-elle sciemment ? Nul doute qu’elle avait aussi bien préparé l’interview que moi : « Le mien c’est immarcescible. Qui ne flétrit jamais. Si demain tout s’arrêtait ? Je reconstruirais. » Si le projet Box Populi devait s’écrouler, sa vision demeurerait. Marie-Anne a une envie immarcescible de propager sa vision et le droit de déconnecter.

Notre Audacieuse a aussi une envie immarcescible d’avoir un chez elle qui lui ressemble, une Box Populi géante, un endroit « où l’on est bien. ».

Mais tout ne s’arrêtera pas demain, et Marie-Anne vient de présenter la version finale de la Box Populi à Clermont-Ferrand. Ce qui est certain, c’est qu’on entendra parler d’elle à nouveau. Rien que pour suivre ses projets… Restez (un peu) connectés !