Simon Perton se met en scène

Dans une jolie mansarde du premier arrondissement se cache un jeune metteur en scène de dix-huit ans. Il paraît que la vie est une comédie où l’on se bat pour donner la meilleure prestation, à son tour, donc, de donner la réplique pour nous présenter les coulisses de sa troupe de théâtre Nuits Humides. Sachant habilement jouer plusieurs rôles, Simon porte également le costume d’un étudiant en double Licence Droit-Philosophie. Fils de metteur en scène lyonnais, il a fait le choix de descendre de temps en temps des amphithéâtres de son université pour monter sur les planches avec sa troupe de comédiens.

 

En plus d’être le mélange de différents talents, Nuits Humides se situe à la croisée de deux grandes références. Cette première pièce de Tchekov d’abord, « Sur la grande route », qui les plonge au sein d’une sombre caverne. Chanson ensuite, « Avec le temps », dans laquelle Léo Ferré pense à cet « autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie et qui s’en va faire sa nuit. » Un point de rencontre à l’allure poétique rappelant que le théâtre peut être un Art atmosphérique. Dans sa petite caverne littéraire, où se sont tenues les répétitions, Simon retrace avec humour son premier Acte : « j’ai compris que j’étais attiré par la mise en scène, car à chaque fois je me débrouille pour arrêter de jouer ! » S’il est animé par le  jeu d’acteur et l’analyse des espaces, le visionnaire n’a jamais souhaité mener ses comédiens, pas plus pris de plaisir à s’ériger en souverain de plateau. Dans cette troupe d’amis proches, l’envers du décor n’existe pas. Le maître mot est l’égalité, et tous disposent d’une totale liberté créative. Prenant son rôle très à coeur, Simon Perton refuse tout simplement d’être patron. La philosophie « hobbesienne » du peuple soumis ? Très peu pour lui. À l’écouter, si le théâtre est une mélodie collective, seul d’acteur donne le ton. En aparté, la première répétition de « Haute Surveillance » de Genet a donné lieu à un coup de théâtre du comédien Théo Perrache : « selon ma vision, il devait arriver dans la peau d’un surveillant banalisé. Au lieu de cela, il s’est amusé à le rendre pervers ; j’ai adoré et nous avons gardé cette version ! »

 

Côté pratique, Simon affectionne davantage les oeuvres classiques, mais ne s’y laisse jamais enfermer. Pour y parvenir, il garde en mémoire qu’il est nécessaire d’« apprendre à bien trahir son auteur. » Une sorte de juste milieu à trouver entre la fidélité au texte et le besoin d’insérer dans chaque scène, une double histoire. Un changement de décor inattendu. Des conseils, lourds de valeurs, qui lui viennent de celui qu’il considère comme son unique modèle dans le milieu, son père : « je n’ai pas envie d’avoir pour modèle une personnalité du théâtre, ce serait comme accepter de ne jamais pouvoir la surpasser. » Pour autant, Simon n’envisage pas de suivre les traces de papa ; une manière pour lui de conserver la magie de sa passion, sans risquer de la banaliser en profession. Évadé dans un percutant soliloque, l’Audacieux trouve encore une fois les mots justes : « le théâtre est une nourriture. Elle descend dans le corps humain, elle donne la vie, mais ce n’est pas la vie. »