Un plongeon avec les Orchids Piscine

Entre deux répétitions et le conservatoire, les Orchids Piscine sont au rendez-vous dans leur quartier de prédilection : Le Vieux Lyon et plus particulièrement dans ce Pub minutieusement choisi par le groupe de rock puisque juste au dessus s’y trouvait la chambre du batteur. D’entrée, ils nous donnent le « la » et la nostalgie sonne quand on se souvient des notes qui s’échappaient des fenêtres ouvertes pour cogner sur les pavés du St James. Et si, comme ils l’écrivent dans un de leur morceau dédié à une certaine « Jane » dont ils ne peuvent se passer « Of all the places I’ve heard, there’s one in my brain that I like to picture with no one but Jane » prenez garde au double sens erotico-géographique car cet hommage au groupe chante surtout leur amour pour St Jean.

Pourtant, les thèmes de leur composition sont aussi liés à leurs propres blessures et font retentir les problèmes d’une génération où les années sont les plus belles à vivre mais les plus dures à penser; Mais si leur inspiration rédactionnelle se trouve du côté des Doors, le jeu scénique jusqu’à leur travail de groupe semble surtout puiser dans l’univers de Jack White. Un mélange explosif entre le blues et le rock anglais des années 70 dans lequel ils sont tombés étant petit. « Faire le choix de l’anglais, c’est aussi une manière de ne pas relever le défi de la prose musicale des plus grands comme Alain Bashung et Serge Gainsbourg que nous admirons ».

Au delà de leur univers artistique, on se doit de retenir que les Orchids sont des musiciens qui n’ont jamais eu de difficultés à s’accorder entre eux tant chacun dispose d’une identité à part entière : Fruit d’une solide amitié, la magie opère par leur cohésion : l’expérience et le coup de baguette du batteur, le professionnalisme d’un guitariste qui a plusieurs cordes à son arc et qui n’en oublie pas de jouer sur la corde sensible, un bassiste hors du temps, non loin d’être en retrait, qui coordonne le groupe comme un symbole fédérateur. Symbiose grandement traduite par la voix écorchée d’un chanteur messager aussi revendicatif que communicatif. « Nous ne sommes pas sur scène ce que nous sommes dans la vie. Nous sommes sur scène ce que nous n’arrivons pas à être dans la vie et nos instruments crient ce que nous ne pouvons dire ».

Mais les Orchids Piscine, loin des clichés du groupe meurtri isolé dans la musique, font surtout preuve de beaucoup d’auto dérision. A croire que leur professionnalisme ne les a jamais contraint à se prendre au sérieux. Si « Orchids » (or Kids ?) a une consonance aussi rude que rock, le choix d’accoler un terme « Piscine » à la française est un décalage voulu. Une façon d’éviter toute étiquette stylistique et de prouver qu’ils n’aspirent pas à présenter une pâle copie des grands musiciens californien. Ainsi, forts d’une grande humilité, les Orchids n’ont pu répondre à la question « Quels conseils donneriez-vous aux jeunes musiciens? » que de façon détournée « On leur conseillerait.. de nous donner des conseils! ».

Poussant le vice encore plus loin avec un logo-slip, la Team Trafalgar s’est aussi rendu à leur concert pour voir ce qu’ils cachaient dedans. Face à la scène du Periscope nous n’avons pas été dupées: ils dégagent une énergie et sont aussi imperturbables qu’incontrôlables. « Nous ne cherchons pas la gloire et la réussite commerciale, le plaisir de jouer pour un public attentif suffit ». C’est donc un pari gagné pour les Orchids Piscine car loin d’une douche froide, ils nous plonge dans un bain d’émotion et d’ivresse et quand ils quittent la scène, c’est un par terre d’applaudissement qui s’y dépose.