S’accrocher ? Accordé !

L’entrepreneuriat se pratique en pleine nature et s’adresse aux aventuriers. À ceux qui, se sachant sur la corde raide sont encore capables de descendre en rappel. Ceux qui oublient la peur du vide et s’accrochent à toute sorte de prises pour défier la montagne de travail. Se cramponner à son piolet, serrer la sangle avant de se retrouver seul, essoufflé, dans son vingt mètres carré. En tirant sur la corde, vient le moment où l’on rêve de prendre le large : bonjour la mer, ciao la montagne ; l’entrepreneuriat finalement, c’est pire que le bagne ! Pour diminuer le facteur de chute, il est préférable d’avoir de bons chaussons (d’escalade, et non ceux qui traînent à la maison) et d’être bien assuré. Avez-vous pensé à votre peloton ? Entouré d’une communauté d’encordés, il est vrai, vous serez accroché à votre projet comme à un solide mousqueton. Vous entendrez quand on vous cri « mou », vous vous rappellerez qu’il faut parfois lâcher du lest pour rester à l’aise dans son baudrier. Ces deux Audacieux ont constaté votre hargne et vous proposent leur harnais. Vous avez le lieu, vous avez le lien, vous voilà prêts à monter en tête. Qu’on ne vous parle plus de moulinette !

Au pied de la montagne sont postés les deux fondateurs de la Cordée, Michael et Julie. S’ils surveillent d’en bas votre équilibre, c’est bien parce que c’est lui, l’origine du noeud, la force de leur projet. Quand ils se rencontrent, lors du séminaire d’intégration  « leadership et esprit d’équipe »  HEC Paris, Michael et Julie comprennent qu’il va falloir se serrer les coudes dans l’adversité : « on s’est connus dans la boue, sous les lampes frontales ». Au jeu de la corde, ils ont très vite constaté qu’ils tireraient du même côté. Inséparables pendant leurs études, les deux amoureux du voyage finissent par se séparer. Une coupure de deux ans avant laquelle ils se promettent de se retrouver. Michael rentre du Brésil, Julie termine son tour du monde et quand vient l’heure des retrouvailles, par chance, ils sont toujours sur le même fuseau horaire : « on avait beaucoup mûri. On pensait équilibre de vie et on avait réfléchi à l’impact qu’on voulait avoir sur le monde ». De ses voyages, l’étudiante rapporte à son ami une mauvaise découverte : « je ne savais jamais où me poser pour travailler, tout le monde s’entassait dans les cafés grâce au wifi. Finalement, ma liberté se perdait dans la prison de mon appartement ! » Tous les deux travailleurs indépendants, c’est dans le coin d’un restaurant que Michael et Julie font grimper l’idée dans leur esprit : « on veut créer des lieux de service pour se connecter, un espace de coworking fun et un peu hippie ! »  Un vrai challenge Audacieux qu’ils s’engagent à relever ensemble : « on s’est donné l’été pour travailler et on s’est dit GO : on ouvre le premier lieu en novembre ! »

Entraînés pour hisser le courage, en tête de leur peloton, ces deux Audacieux se retrouvent pour chercher « le » lieu pour s’implanter : « on revenait de l’étranger, on voulait aller dans une ville inconnue, ambitieuse et connectée, notre choix s’est porté sur Lyon, c’était parti ! »  Et voilà comment, à vingt-quatre et vingt-cinq ans, Julie et Michael ont donné naissance à un espace participatif entièrement construit sur le maillage de la communauté locale : « ce qui comptait pour nous, c’était de créer un lieu qui ait un impact sur chaque personne intégrée. On bouge tout le temps les bureaux de nos encordés pour qu’ils ne s’habituent pas à rester fixés au même endroit. » Un pari gagné puisque trois ans après, La Cordée est un éco-système reconnu pour ses espaces aérés, un catalyseur de projets apprécié pour sa mentalité. Parce que la Cordée ne laisse jamais de place à la discorde, elle s’est naturellement imposée comme l’espace nomade où il fait bon travailler.

Les valeurs fixées à tous les murs de leur nouvelle maison, Michael et Julie confient cette fierté qu’ils ont de voir les membres s’y installer et se révéler : « ils arrivent seuls et forment des familles, des équipes, des clubs de sport, c’est beau de laisser faire la sérendipité, cet heureux hasard qui change leur mentalité ! On en voit arriver au bout de trois ans d’isolement, ils sont complètement épuisés. Ils repartent avec un projet et une place constante dans une communauté ». À la La Cordée, c’est à la carte. Vous pouvez rencontrer ceux qui viennent chercher le service ou les autres qui, imbibés par sa philosophie, n’envisagent plus un seul retour à la case départ. À l’entrée de La Cordée, il n’est jamais question de CV. Un sourire, une personnalité et l’obligation de délaisser « la quête de l’ego, de l’argent et du pouvoir ! » Attention, ça peut tirer, 450 encordés sont déjà postés !

Après l’ouverture de sept Cordées, ces deux jeunes, lancés sur un coup de coeur, restent accrochés à la corde sensible : « on veut grandir modérément mais garder notre mentalité, notre plaisir de faire du local. On préfère l’humain au numérique, avoir un nom français et rester fidèles à ce qu’on est. Par exemple, chez nous, on ne parle de pas « brainstorming » mais bien de  « tempête sous le crâne. » Leurs objectifs sont toujours aussi concrets : « innover, aller encore plus loin dans l’éco-système et embaucher des couteaux suisses complètement barrés ! »  Eh ! Une fois au sommet de la montagne, on rechausse les crampons en continuant de bannir les chemins de campagne ! Il y’a certes eu « des trop pleins, des besoins de vacances », mais pour Michael et Julie, l’entrepreneuriat reste le voyage dont on ne veut plus rentrer : « c’est une aventure plus grande que le tour du monde », ajoute Julie ! « Je crois qu’il y a des choses dans notre parcours qui se connectent : ce que tu es aujourd’hui, c’est la somme de tout ce que tu as été. On croyait déjà en étant jeunes que tout était possible, aujourd’hui, on y croit en plus », poursuit Michael. Tout est une question de corde à sauter ! Toi, lecteur ! Pas la peine de retourner ta veste, demain, on se grimpe l’Everest !