MI SOFFFA ES TU CASA !

À trop déambuler, à la recherche d’un café calme et d’une bibliothèque où l’on peut respirer, on en oublie le lieu qui vient de s’installer, trottoir d’à côté. Facteur d’inspiration, dans la rue de la Soif, les Lyonnais s’étaient plutôt habitués à une nouvelle source. Soigneuse décoration bric-à-brac, gâteaux et cafés à disposition ; une explosion artistique et colorée entièrement façonnée par les deux fondateurs. Si ce n’est pas vraiment le genre de la maison de se poser, au fond de leur canapé, les hôtes de Sofffa ont pris quelques heures pour souffler et partager la naissance accélérée de leur « Slow Café ».

Soulever des meubles et des montagnes, rien de difficile pour ces deux Audacieux de vingt-neuf et vingt-sept ans, originaires de Savoie. Dans les coulisses de Sofffa, on raconte que Johann et Yasmina sont dotés de super pouvoirs qui leur permettent de tout porter : déjà dix ans d’amour, un mariage et deux enfants de huit et quatre ans. Si Yasmina envisage de se lancer dans la composition florale et d’ouvrir son propre établissement, elle laisse d’abord ses pétales s’ouvrir et sa tige pousser et enchaîne, depuis l’âge de seize ans « les petits boulots, dans la vente et l’animation. » Après une formation couture, ses doigts se sentent prêts à tirer les fils de son avenir. Pour dérouler la bobine, Johann. Devenu jeune papa, il arrête son CAP et n’hésite pas à monter, à seulement vingt-deux ans, son studio de création graphique « Pep’s ». Le nom de l’agence en dit long, car c’est bien elle qui leur a donné « les reins et les fonds » pour avancer. Si elle existe encore aujourd’hui, le couple se décide pourtant à quitter Albertville pour leur projet : « se trouver au coeur de l’émulation lyonnaise, dans ce petit Paris. » Amoureux de la recherche et de la création, ils n’ont pas été déçus. Sauf par le concept d’espace de co-working. Alors, quand un soir Yasmina rentre avec l’envie de donner vie une troisième fois, Johann n’hésite pas à accepter d’agrandir le cocon familial. Une naissance sans communication, et pourtant si peu discrète : Sofffa. Tout le monde s’est empressé de rendre visite au nouveau-né.

Réfléchissant toute une année au concept d’espace de travail partagé, Yasmina et Johann conçoivent que les individus y entrent  pour éviter la solitude et mêler des compétences, mais remarquent, q’une fois installés, la vie de bureau refait son entrée. Ajoutons à cela, diverses conférences et interventions entrepreneuriales « hyper ciblées » ; il en faut peu pour se sentir à nouveau « exclu et isolé » : « ces espaces essayent d’être le plus neutre possible pour satisfaire tout le monde. Nous, on a opté pour le parti pris d’un endroit créatif, inspirant, et pas du tout élitiste. Ce n’est ni le monde des artistes, ni le monde des entrepreneurs. Personne ne doit se sentir jugé », explique Yasmina. Après de nombreuses visites, le couple tombe sous le charme d’un ancien squat désaffecté. Comme s’ils pensaient à nouveau la future chambre du bébé, Yasmina et Johann y visualisent déjà les rencontres, les expositions et les événements qui pourront s’y loger. Une garde commune, mais partagée : l’un dans l’espace de co-working, l’autre dans le « slow-café ». Car chez Sofffa, les voisins peuvent même venir louer l’un des huit bureaux proposés. En prime ? Salle de réunion, imprimante, scooter électrique et jeu de clés. Les autres, eux, sont attendus dans le salon pour prendre le café : «  tout le monde peut entrer, le tout c’est d’être énergique et pleins d’idées ! » Comment résister ? Dès le premier coup d’oeil, on se laisse porter par ces emplacements bien pensés et la multiplicité des meubles dénichés… « on a marché au flair et on s’est donné deux mois pour tout transformer. Dans tout ce qu’on a fait, il n y avait aucun raisonnement, aucun brainstorming. C’était un vrai saut dans le vide : on a débranché les cerveaux et on a foncé ! »

Quand Johann et Yasmina se mettent à compter les neurones grillés sur les dossiers montés et les demandes de prêt, le ton de l’Audace est donné : « on n’a pas fait d’étude de marché, on avait aucune idée de comment se présenter. Mais ça, il ne faut pas le dire au banquier. » Certain qu’il est dommage que certains entrepreneurs puissent se sentir freinés par les doutes, et impressionné par des cadres administratifs, Johann ajoute, « le banquier, le marché, le business plan, ça ne veut pas toujours dire quelque chose ! Avec nos petits moyens et nos petits marteaux, on a tout cassé jusqu’à la terre, refait la plomberie, décoré… » Le sourire aux lèvres mais les yeux encore petits, les deux savoyards se souviennent d’avoir poursuivi les travaux d’hiver dans leur combinaison de ski. Confrontés à de nombreuses barrières – dont la muraille financière – Johann et Yasmina se posent enfin sur leur Sofffa, fiers d’avoir abattu tous ces murs : « on avait besoin de beaucoup d’argent, on avait nos deux petits, mon agence avait des imprévus. À un moment, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas », confie Johann. Et Yasmina d’ajouter : « parfois, tu as envie d’abandonner car les doutes finissent par te dégoûter de ton projet. Si nos proches nous soutiennent à fond, pendant un moment ils n’ont plus dormi. Ils avaient peur qu’on n’arrive pas à tout gérer. Sauf qu’une fois lancés, c’est impossible de faire demi-tour. » Toujours appuyés l’un sur l’autre, ensemble, ils ont alterné les baisses de régime et construit ce nid d’amour collectif aux côtés de leurs enfants : véritable ciment de courage pour bâtir ce lieu.

« On n’est pas la pour enfiler des perles », le credo du duo – composé d’ « un gros bosseur qui n’a jamais peur » et d’une « force tranquille, toujours là pour temporiser » – ne surprend plus. Les enfants, c’est vrai, arrivaient « un peu à saturation » ; on fait le pari cependant, qu’ils voudront bientôt ressembler à leurs parents. Johann et Yasmina sont de ces entrepreneurs créatifs qui forcent le respect et forment en tout point un modèle d’exemplarité. Le couple peut être fier de cet accomplissement : avoir construit, à moins de trente ans, une vie de famille, une agence et un nouveau projet prometteur. C’est osé, et terriblement apprécié par les Lyonnais : « on est impressionnés et vraiment heureux de voir à quel point notre message est passé, alors qu’on n’a même pas commencé à communiquer. » Un premier succès qui leur donne déjà envie de voir plus loin pour étendre le modèle « dans quinze autres villes, et surtout à Marseille. Pourquoi pas ? Avant d’ouvrir, on rêvait que Trafalgar passe la porte d’entrée et que le DJ parisien Dabeull vienne jouer. Les deux sont exaucés ! Il faut bien qu’on trouve autre chose », ajoutent-ils en riant. Pour les autres, il ne reste qu’à venir travailler vos projets dans ce lieu où il fait bon rêver et où la gentillesse est servie en illimitée. Par contre, vous êtes prévenus, chez Sofffa, l’Audace n’est pas l’intruse mais une habituée. Pour siéger, c’est toujours la plus grande place qu’elle pense à réserver. Partez avant elle !