Sur la route de Ronan Siri

Il arrive qu’un jour, nous nous trouvions à une intersection sur laquelle le panneau directionnel à été raflé et l’on comprend alors le chemin initiatique qui nous attend. Du côté gauche, le vent souffle quelque chose comme « I Believe in the mountains » et sur la droite les branches vous murmurent « And i could run away.. », le mélange s’enfuit dans la nature, seuls la guitare et l’harmonica font volte-face. Pour ceux qui ne savent jamais quel côté choisir (et ceux qui ne savent pas différencier la gauche de la droite) empruntez simplement le sentier qui sonne juste et avancez. Cette voix qui vous guide n’est autre que la voie de Ronan, jeune chanteur de 24 ans.

En seulement quelques pas, vous apprendrez que Ronan était à l’origine conditionné à suivre des études de médecine. Déjà frère d’une brillante illustratrice, pas évident pour des parents d’admettre la graine artistique qui pousse dans chacune de leur conception! Et pourtant, médecin, Ronan l’est un peu : un micro en guise de scalpel, s’ouvrant sur scène comme sur une véritable table d’opération, il transperce le rythme, incise la note et donne une autre vie aux émotions. En continuant à marcher à ses côtés, Ronan vous apprendra qu’il arpente cette route depuis ses 16 ans et que la musique lui a été donnée en guise de cadeau d’anniversaire tout à fait spécial : « Cela s’est imposé comme un message d’amour, celui de mon grand père, je devais l’exercer physiquement ». La magie s’est ensuite chargée du reste puisqu’une semaine de guitare avec son père ont suffit pour qu’un passage prometteur s’ouvre à lui.

Dès le premier tournant, il est probable que vous tentiez de semer Ronan et de courir hors de la bulle pop-rock-folck dans laquelle il vous entraîne. Que voulez-vous, une fois lancé sur ses influences musicales, il change votre ballade de décor d’un coup de talon. Retour chez Elvis Presley, Bienvenue chez Jim Morisson, Retrouvez Mickael Jackson, Arrêtez-vous chez Jimmy Hendrix et continuez tout là haut jusqu’à la montagne chez? Ray la montagne (trop facile)… Enfin, vous l’avez compris, si son univers musical est aussi ouvert que son esprit c’est bien parce que Ronan est un chanteur qui refuse catégoriquement de se laisser enfermer. Allant jusqu’à comparer musique et écriture, il vous racontera, toujours avec la même conviction l’intérêt de laisser ses doigts agir et de ne pas intellectualiser son Art. Vous suivez? Voyant le bout du chemin, vous lui demanderez sans doute une pause dans laquelle il ne vous laissera pas de répit, ayant à coeur de vous transmette à quel point il faut parvenir à « se faire violence au naturel » et comment « l’oreille interne est capable de primer sur l’externe ». Allez, on se relève ! Êtes-vous prêt pour la montée ? un peu de courage, vous verrez que l’ascension de Ronan est sensationnelle…

Avant un premier passage réussi à Tarata, il gagne un concours qui lui permet d’assurer la première partie du concert de Benjamin Biolay. À cet instant, le grand Ronan retrouve alors ses yeux d’enfant et nous confie : « Quand je suis descendu de scène, je ne tenais plus debout et j’ai fondu en larmes… », après tout, Monsieur Biolay l’avait averti avant de monter « Tu vas voir, là, tu vas recevoir de l’Amour ». Un Amour dont il n’est plus parvenu à se passer et qu’il est allé retrouver aux Nuits de Fourvières pour assurer cette fois la première partie de Ben Harper. Probablement plein d’admiration, vous entamerez alors la descente de cette ballade avec la sensation d’avoir perdu Ronan. Vous le trouverez peut être derrière vous car disposant d’un recul incroyable il est aussi présent pour rappeler que malgré son parcours, il n’a « rien » fait et que même avec une guitare entre les mains, il reste un microcosme. Oui, mais un microcosme chantant…

Aussi grand musicalement que spirituellement, Ronan est sans aucun doute un artiste complet qui refuse de convoquer l’émotion superficielle pour bousculer vos entrailles. Sa fraîcheur et sa sincérité se ressentent spécialement dans « Little Sweet Shame Undatrees », le genre de titre qui détient le pouvoir de faire courir le plus robuste d’entre vous après un papillon..Plus encore, son album To Be Twin Sides vous emmènera dans un monde à part et parce qu’il porte bien son nom, il vous fera passer de l’autre côté du miroir. Si la musique est ce que l’homme a de plus ancestrale au monde et de plus communicatif, c’est bien parce que la transe qu’elle provoque vous donne rendez-vous avec vous même. Au cas ou vous l’auriez oublié, Ronan et ses compositions très personnelles sont là pour vous le rappeler.

Ronan est un artiste cognant, comme on en voit peu. Et c’est parce qu’entre ses deux repet’, Ronan se fait poète, qu’en plus de sa musique on conservera longtemps son précieux conseil : « Fais toujours ce qui te semble le plus juste dans la vie ». On pensait rencontrer un musicien, c’est en fait une vraie muse que l’on tient ! Une muse avec qui il fut très agréable de marcher. Un Ronan résonnant au delà de ses notes qui, malgré le chemin qu’il reste à faire, vous renvoie avec justesse, sur la bonne voie.