The Sheperds, du Rhône à la Scène

Marchant à travers champs dans les campagnes lyonnaises environnantes, notre équipe s’est laissée guider par un chant enchanteur. Mer… l’enchanteur ? Non, celui d’une famille de Berger. Et pas n’importe laquelle! Plutôt le groupe aguerri, applaudi pour sa dextérité et sollicité pour donner le ton face au troupeau. Si pour les villageois, cette réussite est due à leur force mentale – une force qui les fait monter en meute et les empêche d’être un mouton – d’autres s’accordent à dire qu’ils ont été guidés par une étoile, celle qui leur permet aujourd’hui de briller sur les devants de la scène. Ne voulant se contenter des bruits de prairie, notre équipe a donné du bâton pour rejoindre la route des Sheperds. Le temps est donc venu de poser sur cette toile le secret de leur laine épaisse. Vous le saviez ? De jour comme de nuit, c’est la Musique, leur fidèle chien de berger…

Leurs visages vous sont familiers ? Certains ont peut-être déjà vu Louis, Lucas et Victorien dans leur « petit patelin de l’Ain », d’autres les ont peut-être même entendu programmer leur première répétition dans la cour de récréation du lycée de Bourg. Un début qui semblait timide mais qui ne tarda pas à dévoiler une audace très bien dosée. Trois jeunes de 16 ans, influencés par Radiohead, Led Zeppelin ou encore The Beatles et qui n’ont pas attendu la valeur des années pour enchainer une trentaine de concerts improvisés et sortir en auto-production, leur premier CD. « On ne se posait pas de questions, c’était à la fois sérieux et super instinctif! » se souvient Louis. Un instinct qui n’est jamais parti très loin et qui a continué à jouer son rôle de l’arrivée de Jean-Étienne à la guitare à celle des frères Ceccaldi au violon-violoncelle. L’école dans tout ça ? Il y resteront tous sans conviction, préférant à la majorité la formation Conservatoire et celle d’ingénieur du son.

« Donner son corps à la chance », vous en avez rêvé, les garçons l’ont fait. Particulièrement quand celui de Louis s’est retrouvé sur le plateau de The Voice et qu’il est reparti gonflé d’ambition, finaliste de la saison. Un départ du groupe précipité, non pour l’amour du télé-crochet mais pour que « musique » et « groupe » restent toujours bien accrochés. « On savait le talent qu’il avait, on voulait qu’il fonce pour le prouver » ajoute Victorien. Une forte médiatisation, le premier rôle masculin dans Les Amants de la Bastille, la tournée des Zénith… En somme, la course folle d’un jeune homme de 19 ans prêt à refuser la célébrité si elle le fait rester démembré. « Mon nom s’est diffusé malgré moi. Après la grande tournée, j’ai discuté avec ma maison de disque pour leur annoncer que Louis Delort sans The Sheperds ne pouvait fonctionner ». Un « grand sentimental » conscient de ses besoins : la « sagesse » de Lucas, la « virtuosité » du duo Théo&Valentin, la « paternité » de Jean-Étienne et le coup de « turbo » de Victorien. « J’avais besoin de me retrouver en famille, d’être libre. Voilà, c’est le mot : la liberté » ajoute Louis. Une belle unité amicale qui dévoile une nouvelle unité musicale et qui permet aujourd’hui, à ces six musiciens, de toucher la profondeur du ciel tout en gardant les pieds sur terre.

Si aucun n’était préparé à un public aussi impliqué, The Sheperds n’ont jamais eu peur d’ouvrir les yeux sur certaines réalités : « On se remet tout le temps en question car on sait que tout peut s’arrêter. C’est la musique qui nous fait changer, pas la médiatisation. Le succès file vite alors que l’amour de la musique… » insiste Jean-Étienne. Ainsi, ils restent tous accrochés à leur favorite, leur fan un peu spéciale, celle du premier rang, leur instrument : On reconnait celle de Lucas (la batterie) à ses plaintes des coups portés tandis que celle de Victorien (la basse) a tendance à toujours réclamer – « Fais moi mal » ! Du côté de Louis, c’est toujours le même refrain – « Travaille moi » lui répète-t-elle sans cesse, comme quoi, Jean-Étienne l’a bien compris, la solution parfois, c’est la polygamie : « Je sais jouer de plusieurs instruments donc ce qui revient c’est « quand est-ce que sera mon tour ? » Métaphore instrumentale mise à part, il est vrai que les Sheperds sont très bien entourés, de leur batterie, leur basse & cie mais aussi par Mercury : «  Et par notre manageuse, Sandra, parfois elle s’arrache des poignées de cheveux, mais sans elle on ne s’en sortirait pas ». Grâce au soutien de leurs proches et poussés par l’amour de leur public, le groupe a eu ce luxe de pouvoir jouer autant qu’un homme peut respirer et de se consacrer tout entier à la naissance de leur bébé. Un nouvel album 13 titres dont Lucas parle avec fierté : « Il est organique, les instruments sont privilégiés à l’électronique, il nous ressemble complètement! »

S’ils sont aujourd’hui en train de concrétiser leurs rêves d’enfants, The Sheperds n’oublient pourtant pas les ombres du tableau « Ces pavés sur lesquels on a marché sans se rendre compte de leur instabilité ». Pavés qu’ils ont su battre pour s’affirmer : « On ne veut pas faire de la variété mais du rock français ». Un travail auquel s’ajoute les volontés de leur sentinelle « cette étoile qui veille » et qui a participé à réunir Lucas et Louis trois jours avant la fin de l’année alors qu’ils auraient pu, tous, se louper. Et de l’audace bien sûr : celle de s’être imposé comme un groupe de six personnalités qui ne se sont pas laissées happer par la gloire de l’individualité. Celle d’avoir tout plaqué pour la musique, d’avoir quitté leur fidèle région pour confier à Paris leurs nouvelles motivations : « On veut enchainer les concerts, partir en tournée, sortir un second album. On sait pourquoi on fonce, on refuse de regarder en arrière », sauf peut-être pour un dernier regard, un dernier pour se rappeler que cette Success Story qui s’annonce déjà bien, a pris racine dans cette petite campagne de l’Ain…