Tribulations de rêveurs en couleur !

C’est une bonne situation ça, scribe chez Trafalgar ? Vous savez, moi je ne pense pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises situations… Si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi…

Cher lecteur, si tu te sens seul chez toi au moment où tu lis ces lignes, sache que quelque part dans Lyon, il existe un endroit merveilleux où Solitude, cette vieille chienne fidèle qui tant de fois t’a mordu, reste couchée sur le paillasson, dans l’attente d’un nouveau maître.
Ah ! La Taverne Gutenberg. Si tu me demandais de la décrire à ton imagination, je pourrais aisément m’étendre dans un éloge fantastique, une formidable apologie, ponctué par quelque pensée philosophique de mon cru. Toutefois ce serait tromperie, car cela ne brosserait pas un juste tableau dudit lieu. Pourquoi, te demandes-tu ? Car la Taverne change sans cesse, elle se transforme, elle mue, et aucune description ne saurait l’immobiliser dans son mouvement.

Vois-tu, si la Taverne est devenue maître dans l’art de la métamorphose, c’est parce qu’elle voyage. Pour ce portrait, nous avons nous-mêmes embarqué dans une baignoire magique, escortés par un hardi duo dans une traversée vers l’univers de cette fascinante maison, j’ai nommé Maïa et Guillaume ! Historique de la Taverne en vue, moussaillons.

Une gentille dame, Mme Keskas, partageait la propriété de sa grande maison avec un aimable monsieur. Lui-même avait un audacieux fils fiancé à une talentueuse fille. Appelons-les Henri et Maïa. Mme Keskas voulait vendre sa maison qui était un peu vieille, délabrée, et qui avait besoin d’un nouveau souffle. Elle la prêta à Maïa et Henri pendant quatre mois. C’était une opportunité pour eux de laisser leur art s’exprimer. Ils la transformèrent, leurs pinceaux trempés dans la peinture de l’Audace, en une résidence artistique pleine de vie. Un lieu d’échanges et de rencontres. Mais lorsque les quatre mois furent écoulés, il fut temps de faire un choix : continuer ou tout arrêter. C’était en décembre dernier. Maïa et Henri organisaient un dernier grand évènement. Guillaume qui passait par là fut charmé par ces lieux, dans lesquels il prit plaisir à déambuler, dans lesquels il se reconnut. Aussitôt, il se proposa comme nouveau meuble vivant dans l’immobile. L’aimable monsieur se mit d’accord avec l’accommodant propriétaire pour investir cette belle maison. Maïa et Henri se marièrent et confièrent ce qui s’était toujours appelé Taverne Gutenberg à Guillaume et leurs amis. Ils revinrent avec la nouvelle lune pour se joindre à l’équipage et embarquer vers de nouvelles aventures. Fin ? Penses-tu !

Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée…

Aujourd’hui, de Maïa, Henri, Guillaume, à Mathilde, Pierre, Justine, Mélina, Clémence, en passant par Marine, Paul, Charles ou encore Hamid, sans compter tous les spontanés qui viennent prêter leur bonhomie au projet, la Taverne Gutenberg est une véritable famille qui ne cesse jamais de grandir : « Un endroit hybride où des gens perdus se retrouvent »… Oui, la Taverne est un bien bel hybride. « Ce n’est pas une friche, ce n’est pas un bar ni même une galerie d’art, et ce n’est pas un squat. C’est un lieu de partage. » Dans ce laboratoire créatif, dans cet atelier ouvert où défilent les expositions et les artistes, où s’invitent les voisins qui se retrouvent autour d’une bière ou d’un café, chacun peut se reconnaître et tous peuvent s’exprimer. Parfois la maison se pare des mille couleurs de la festivité, mais le plus souvent elle se niche dans son blanc cocon familial : calme, détendue, reposante, chaleureuse. Guillaume, confortablement enfoncé dans le canapé de l’espace bar, déclare : « J’aime ce côté chaleureux, libre et tranquille, avec une énergie douce. »

Dans l’équipage de la Taverne qui vogue au fil des évènements, au gré des courants artistiques et sur des vagues d’amitiés, chacun exprime une personnalité originale. « Henri est un peu l’artiste fou, Guillaume est beaucoup dans les relations avec les gens… » , nous confie Maïa. Mais qui a dit que l’Audace est une dame extravertie ?
Maïa naît aux Philippines et part à 16 ans pour Paris où elle reçoit un diplôme des Arts Déco et de Gobelins, mais elle quitte cette vie pour en commencer une nouvelle à Lyon et fonder la Taverne avec son mari Henri. Guillaume, lui, est comme un courant d’air ; il prend sa source à Guayaquil en Equateur puis s’envole encore tout frais vers la France. Il fait halte à Lyon où il étudie le droit, puis en Amérique du Sud et en Inde, avant de finalement rejoindre la Taverne Gutenberg « C’est simplement que je suis arrivé là au bon endroit au bon moment. Ce n’était pas du tout attendu, mais finalement je me rends compte que c’est un cadeau incroyable que de tout créer à partir de rien, d’avoir un chez-soi où on peut apporter ses idées. », nous dit-il.

La grande maison est un chez-soi pour bien du monde dans le quartier Guillotière !« Les habitants, les voisins sont adorables. Ce lieu a une histoire, et certains ont grandi dans la Taverne. Ils sont contents qu’elle vive.» Si Maïa et Guillaume devaient reprendre le projet au stade des premières esquisses, ils le feraient sans hésiter. « Nous avons confiance dans le travail et dans la vie. » Même si parfois leur volatilité peut les conduire à papillonner dans tous les sens, à voleter dans les élans de «rush» qui les emportent, ils se savent engagés dans une bourrasque plus forte qu’eux. Cette bourrasque porte les mots suivants : art et culture pour tous, lieu d’échange et démarche socio-culturelle.

Bien sûr, les sacrifices ne sont pas en reste… « La Taverne est un gouffre qui nous aspire… On mange, on respire, on vit Taverne ! » plaisante Maïa. Guillaume de son côté regrette ses temps de pauses, de lectures, d’errances par-ci ou par-là. Les bonnes idées sont comme des couleurs, sous un regard fatigué, elles saturent… Or la page blanche aussi est épuisante, parole de plume, et il faut une sacrée dose de courage à nos audacieux pour l’affronter.

« Mais il faut trouver l’énergie ! » enchaîne aussitôt notre fondatrice. Parce que la richesse n’est pas que contingences matérielles ! L’équipe de la Taverne, lorsque ses épaules ploient sous le fardeau de la fatigue, sort boire un verre ou caresse le chat Tagine, profite des moments simples. C’est une « grande bande d’amis » qui a surmonté les galères de la vie pour sauver sa maison. Le saviez-vous? La Taverne était récemment en pleine récolte de fonds pour financer son grand ménage de printemps, c’est-à-dire non pas un passage au balais, mais plutôt un passage aux normes… Mission accomplie ! FELICITATIONS.

Parce que quand on a le goût du portrait, quand on a le goût du portrait bien fait, la belle plume, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face, je dirais, le miroir qui vous aide à composer. Alors ce n’est pas mon cas, comme je le disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu ; et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie… Je ne suis qu’écriture !

Demande donc à Guillaume ce qu’est l’Audace, il te répondra que c’est « foncer sans réfléchir ! » À la Taverne, on vit chaque instant comme un projet et une passion. Alors, certes, ils n’ont pas de week-end, certes, ils sont bénévoles, certes, l’avenir de la maison demeure dans un certain flou artistique, mais ils ont confiance les uns en les autres. Et tout comme ils partagent culture et soutien, ils partagent leurs Audaces. « Henri est la personne la plus audacieuse que je connaisse. Il m’apprend tous les jours à l’être un peu plus ! C’est un peu mon défaut, de manquer d’audace. Mais j’aime savoir qu’à travers la Taverne, je peux l’être aussi… », songe Maïa avec un sourire qui fait plaisir à voir. Guillaume ajoute « L’audace n’a de sens que si elle est partagée ! C’est lorsque nous sommes ensemble que la Taverne prend vie, car elle est constituée des histoires de chacun. »

« Le plus beau compliment que l’on puisse nous faire, c’est de nous dire qu’on se sent chez soi à la Taverne. » Les contours de nouveaux horizons se dessinent pour notre Taverne voyageuse. Toujours plus d’événements, toujours plus de projets sur lesquels on jettera toutefois le voile séduisant du mystère. Mais surtout, créer des liens avec l’étranger. La Taverne a établi son campement à Lyon, mais si elle traçait un pont vers l’Ailleurs ? Si elle formait une toile gigantesque qui reliait des maisons artistiques dans le monde entier ? Quel beau tableau cela ferait. Et si elle devait fermer à Lyon? « Lyon, c’est la Taverne, on ne se voit pas vivre à Lyon sans la Taverne. » Alors elle n’aurait qu’à voyager pour de bon, et éclore un peu plus loin…

Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? », eh bien je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût de l’écriture, ce goût donc qui m’a poussée aujourd’hui à entreprendre un portrait de Maïa et Guillaume, mais demain, qui sait, peut-être seulement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… Merci La Taverne, ce jour-là, je me suis sentie chez moi !