Florian, entrepreneur sur la détente

On connaît bien l’histoire de l’arroseur arrosé mais penchons-nous sur le cas du boulimique croqué. J’ai dit boulimique ? Oui. Vous pensez cuisine ? A tort ! Point de toque en vue, même si notre Audacieux du jour a celui de l’humilité compulsive lorsqu’il lui faut parler de lui. Florian Ardérighi est un affamé d’expériences entrepreneuriales, un enfant du web, un prince de la création.

Nous parlerons d’un seul homme ici et pourtant, la notion de collectif anime les prunelles de Florian, et fait parler ses mains avec animation, fierté et reconnaissance : « dans tous mes projets, c’est surtout de l’humain dont je me suis occupé. C’est ce qui m’a apporté en tant qu’homme. On ne casse pas les codes sans le soutien d’une équipe ». Mieux qu’un capitaine, Florian a l’âme du coach impulsif, avec « dix mille idées à la seconde », que ses joueurs associés lui soufflent d’organiser. Projets et idées au pluriel en effet, car c’est aujourd’hui une double dose d’audace qu’on vous administre !

Les voyages forment la jeunesse, prétend le dicton, et Florian lui donne raison en évoquant l’étincelle qui engendra le Mauvais Coton, blog culturel indépendant lyonnais.

Il était une fois, un jeune homme un peu rêveur, revenait en son Bron natal, après une escapade d’un an à Montréal… Et son atterrissage lui fit « l’effet d’une claque culturelle » : ses valises sont à quai avec l’irrésistible envie de repartir. Il m’avoue sans détour que cet interlude universitaire lui a « bougé le cul » : « j’en ai pris plein la gueule, c’était enrichissant ».

Adieu la fraîcheur du Grand Nord et bonjour la piscine municipale, l’espace d’un été brûlant de nostalgie. Que faire à présent, quand on est qu’un « looser sans copine », à 20 ans ?

L’évasion se forge un nouveau sens lorsque Florian et son ami Jordi, jettent un œil, puis deux, à la vie culturelle lyonnaise et goûtent à nouveau à ce plaisir de la découverte et de l’inédit, à domicile ; nul besoin d’un billet d’avion pour se laisser saisir par le talent et la passion d’autrui. Appareils photos dégainés, ils mitraillent les rues et doublent leurs clichés de textes « dégueulasses », avec le recul un peu sévère des années : « ce n’était qu’un skyblog où on parlait de ce qu’on voulait ». Le regret perce ce temps perdu de l’innocence des blogs internet, quand le geste naïf naissait d’un besoin d’expression : « aujourd’hui, on fait des business plan pour les monétiser tout de suite, il en pousse des tonnes, partout. C’est un gros phénomène de mode : nous, ça nous amusait ! ».

Le petit bonheur la chance de l’expérience attire et fédère les nouveaux chroniqueurs, de plus en plus nombreux, jusqu’à composer « un groupe soudé, une famille » entre Paris et Lyon. Le sourire de Florian a la tendresse des bons souvenirs et s’élargit quand on aborde le nom du « Mauvais Coton ». Gros point d’interrogation que cette expression vieillie, qui qualifie le grand malade au pied dans la tombe, ou celui qui s’aventure sur une pente dangereuse. Où diable avoir pêché l’Audace d’un tel choix pour un blog résolument moderne ? « On avait pas d’idée avec mon pote. On a ouvert un dico d’expressions et le côté situation difficile et période de transition collait avec ce qu’il se passait à l’époque. » Vendu ! Le Mauvais Coton tire son épingle dans la blogosphère, noyée sous des noms principalement anglophones : qui file un mauvais coton, maintenant ?

Mais pas facile, coton même, osons-le le dire, de se satisfaire des acquis sans repartir à l’aventure, après 6 ans d’une fructueuse activité. La solution ? Se réinventer et confier l’îlot de création aux jeunes motivés, cap sur 2014 qui sera l’année de la création, l’ère du projet WeMood.

Quelle ambition se cache cette fois à l’ombre du mystérieux l’anglicisme ? Un concept de publicités intelligentes, créatives et personnalisables pour les influenceurs du web en lien avec les marques, pour promouvoir ce qui leur correspond ! Partages de produits via partages d’humeurs, voilà qui sonne juste dans la bouche du chef d’équipe qui traverse le miroir des années et permet aux blogueurs d’aujourd’hui de mettre en valeur des articles coups de cœur, sans renier leur univers. Florian, passeur du web à la croisée des chemins créatifs, abandonne son cœur au coton et sa tête à WeMood.  

Même lorsque l’affaire se corse face à une entreprise italienne qui dépose le nom originellement choisi, contre vents et marées, incertitudes et remises en questions, Florian s’acharne et s’obstine, au mépris d’une confortable promesse de CDI sur Paris, à laquelle il renonce ; l’Audace n’aurait donc pas de prix ?

Certains diront que son cursus universitaire l’aura formé pour l’entrepreneuriat sur le web, avec une licence en communication et conception infographique, suivi d’un master 2 en direction artistique, mais l’Audacieux dément : l’entrepreneuriat s’apprend et s’assimile sur le tas : « je n’oublie pas d’où je viens. C’est en essayant qu’on apprend ». Des critiques de lecteurs sur le logo Mauvais Coton ? Il le modifie ! Un feedback négatif sur un article ? Il en parle ! Le ras-le-bol d’une activité enrichissante, mais chronophage et bénévole ? Il se pose les bonnes questions pour embrasser les meilleures décisions. Florian place toute sa confiance et sa reconnaissance en Internet, qui lui a ouvert des portes en crochetant les serrures de l’entrepreneuriat, cet ancien « sport de riche ».

Il transmet cette passion et cet engouement auprès d’étudiants d’écoles excellentes, quoiqu’éloignées de « la réalité du terrain » : « Je ne suis pas plus âgé qu’eux et je n’ai pas la science infuse, mais je partage avec eux ce que je n’ai pas appris dans les bouquins ». Son regard se brouille de rêveries lorsqu’il évoque la possibilité d’enseigner dans les pays défavorisés pour y semer les graines de l’Audace : pourquoi pas ? Ses valises patientent toujours…

Apprendre sur le tas n’empêche pas l’électron libre d’avaler tout rond un livre pour nourrir son insatiable curiosité.

Attention, anecdote en approche.

Vous souhaitez dialoguer avec votre belle-famille passionnée de vins ? Là où vous sollicitez Google et Wikipédia pour faire bonne mesure, Florian achète un ouvrage dédié et prend des cours avec le sommelier de Bocuse ! Certes, il avoue ne pas en savoir plus sur l’œnologie, mais qu’importe pour cet impulsif qui ne regrette jamais ses choix et…pas même le tatouage datant de sa période rebelle – nous n’en saurons, hélas, pas plus.

Et nous ne pouvons nous quitter sans évoquer la passion de Florian pour la musique, aussi difficile à placer dans ce portrait que dans le parcours de l’Audacieux, qui l’a sacrifiée sur l’autel de ses projets entrepreneuriaux. Mais c’est peut-être là toute l’Audace d’une jeune vie passée à « se lancer à contrecourant de ce qui se fait, pour faire mieux et autrement, en sortant des sentiers battus ». On revient toujours à ces premières amours, aussi souhaitons à Florian de pouvoir un jour les concilier et de toujours, toujours, conserver cette fraîcheur de vivre et cette humilité d’un entrepreneur qui, contrairement à beaucoup, ne se sent pas comme « Bill Gates dès que leur truc marche bien sur Internet ».

Mais de l’espoir au succès, il n’y a qu’un bond !