GUILL’-SAXE : AUDACE MELTING-POT

On dit souvent que Lyon est une ville bourgeoise, et par certains côtés (ou plutôt certains quartiers), force est de constater que c’est plutôt vrai. Mais si vous n’avez pas les moyens d’habiter les beaux édifices des arrondissements huppés ou que votre côté bobo n’est pas assez développé pour vous inciter à élire domicile dans des quartiers tels que Croix-Rousse ou ses belles pentes, beaucoup d’autres coins au charme trop souvent passé sous silence peuvent vous convenir.

La Guillotière constitue le cœur de la métropole lyonnaise. Dans cette continuité, vous trouvez un peu plus à l’est le charmant quartier de Saxe-Gambetta. Pour les chevelures majestueusement crépues et fournies, il y a tout ce qu’il faut, mais si vous avez le cheveu plat, terne, en un mot une tignasse similaire à une serpillière délavée, passez votre chemin. Ici, les couleurs s’affichent avec Audace, on parle fort (amoureux du silence s’abstenir), on se rentre dedans à chaque coin de rue et on se dit bonjour en plus de langues qu’on n’en parle réellement. Vous en avez assez de votre style conventionnel et de ressembler à une pub H&M ambulante ? Investissez dans un authentique sari indien (avec paillettes et sequins, autant aller jusqu’au bout), un imposant boubou africain ou pourquoi pas encore dans de somptueuses chaussures bicolores à bout pointu (garanti faux crocodile). Venez manger indien, pakistanais, thaï ou italien : c’est un quartier où l’on peut voyager pour pas grand-chose, un quartier où ça ne gêne personne que la carafe d’eau ne soit pas très fraîche et où l’on improvise des barbecues clandestins dans la rue (vous avez trouvé un cheveu dans votre assiette ? Et alors, c’est parce que c’est fait avec amour, oui monsieur/madame, on met un peu de nous dans chaque plat). Et votre délicat postérieur qui colle un peu à la banquette ou à la chaise, c’est tout simplement le prix à payer pour la convivialité.

Nul besoin d’envier le Montmartre des poètes maudits ou le Manhattan de vos idoles télévisuelles. L’hétéroclisme se constate à chaque coin de rue. Le quartier voit même arriver la lente mais inéluctable invasion des bobos, toujours en quête d’un nouvel endroit auquel imposer son mode de vie, composé de légumes rachitiques et souffreteux mais bio, et de café hors de prix à la texture lavasse mais cultivé par de modestes paysans éthiopiens ou guatemalais (le prix d’une bonne action contrebalancé par la culpabilité des frais d’importation, pas terrible l’empreinte carbone si vous voulez mon avis). Loin d’être une mauvaise chose, le quartier offre alors de quoi satisfaire toutes les couches de population tout en restant, intrinsèquement, populaire. Vous aurez sans doute, si vous êtes de nature recluse et solitaire, plus d’attirance pour des quartiers au calme sûr. Ici, il ne faut pas craindre d’être contraint d’écouter malgré vous les conversations téléphoniques de vos voisins (auxquelles de toute façon, vous ne comprenez rien, à moins de posséder les connaissances linguistiques de Google traduction – elles-mêmes assez douteuses), voisins qui hurlent dans le combiné comme si la distance des kilomètres pouvait être comblée par la puissance cyclonique de leurs cordes vocales. C’est particulièrement appréciable lorsque vous dormez, par grande chaleur, la fenêtre grande ouverte. Le point positif, c’est que vous n’êtes plus dérangé par le bourdonnement des moustiques, puisque le volume sonore de vos voisins le couvre parfaitement.

Quoi qu’il en soit, voilà deux charmants quartiers qui prendront, à n’en pas douter, une place de choix au sein de la métropole lyonnaise. L’Audace serait sans doute de vous pointer la bouche en cœur dans un salon de coiffure africain et de demander, l’air de rien, l’afro qu’arborait fièrement Michael au temps des Jackson Five. Vous aurez sans doute droit au regard embarrassé des coiffeurs, mais vous repartirez avec une somptueuse perruque qui fera pâlir d’envie vos amis nostalgiques de l’ère disco.