LA TÊTE D’OR : AUDACE & NATURE !

Quel lyonnais digne de ce nom n’a jamais franchi le portail richement paré de dorures du Parc de la Tête d’Or ? Déserté en hiver – mis à part la présence inexplicable de certains joggers que la perspective de rentrer chez eux le nez gonflé comme une tomate périmée et les fesses dures comme du bois sec n’effraie pas – c’est dès l’arrivée des beaux jours que cet Éden de verdure se remplit de toute une foule de Lyonnais fatiguée des pots d’échappement, du bitume brûlant qui fait fondre la semelle de leur baskets et des déjections canines à éviter à longueur de journée (Excusez-moi mais sérieusement, courir à moins quinze degrés ? Même Jean-Pierre l’infatigable coureur des berges ne s’y risquerait pas).

Vous entrez dans ce paradis terrestre en prévoyant une après-midi faite de calme, de soleil et de chants d’oiseaux, à peine le portail franchi, ce havre bucolique vous tend les bras. Le lac s’étend sous vos yeux, brillant des reflets du soleil, vous avez oublié vos lunettes mais tant pis, cette merveilleuse étendue d’eau vaut bien une brûlure de la rétine au dixième degré. Vous percevez au loin ceux qui ont eu l’Audace de prendre un pédalo, quand les plus hardis ont opté pour une barque (occasion inespérée d’exhiber vos biceps soigneusement huilés en maniant les rames devant votre belle/beau – égalité des sexes, diantre, on est en 2015). Les oies sauvages peuplent les bords du lac, vous pressez un peu le pas, c’est quand même un peu hargneux ces bêtes-là, d’ailleurs vous entendez des mères conseiller à leurs bambins de ne pas trop s’approcher des spécimens (« Jean-Célestin, ça fait dix fois que je te le dis, éloigne toi des oiseaux bordel ! »). Jean-Célestin, écoute ta maman, tu vas te faire bouffer une main. Ah, la douce compagnie de vos concitoyens et de leur progéniture.

Le Parc est un endroit béni pour ceux qui aiment les enfants. Si vous n’en avez pas et que cette absence vous pèse, venez passer un moment sur les pelouses baignées de soleil, au risque de vous prendre un ballon en pleine tête ou la roue d’un tricycle sur le pied (qu’ils sont mignons). Vous aviez oublié, vous, pâle arpenteur des avenues grises et des boulevards cimentés, le contact de l’herbe (attention quand même à éviter les lits de mégots et de débris de verre, on est quand même un peu en ville), la chaleur du soleil, le doux bruissement du vent dans les feuilles des arbres, le chant mélodieux des moineaux qui s’époumonent comme des cantatrices hystériques (c’est la période des amours, sans doute). Vous êtes bien, affalé sur ce lit de verdure, vous pouvez même si le cœur vous en dit contempler à loisir la chair gratuitement exposée de vos congénères (certains frôlent l’exhibitionnisme, les âmes sensibles peuvent se sentir mal à l’aise, mais au diable la censure, c’est l’été).

Pour les amoureux des animaux, un tour au parc zoologique s’impose. Vous aurez le loisir d’observer les nombreuses espèces qui peuplent le parc : élégantes girafes, gracieux flamands roses, zèbres un peu décolorés par la poussière, pélicans arrogants, ours neurasthénique et primates surexcités (si quelqu’un a déjà vu un lion, qu’il se signale, je soupçonne l’enclos d’être vide depuis plus de trois ans. C’est moche pour l’emblème d’une ville). En slalomant entre les poussettes et en tâchant d’éviter d’écraser les mômes qui bavent contre les vitres et se suspendent aux grillages (les primates ne sont pas tous encagés), vous pourrez ainsi renouer avec la vie animale qui jadis, entourait l’homme. Et si ce défilé zoologique ne vous satisfait pas, vous pouvez toujours contempler les créatures étonnantes qui peuplent les pelouses. Si vous êtes vraiment Audacieux dans l’âme et que vous manquez d’exercice, allez donc provoquer un peu les charmantes oies sauvages : vous êtes bon pour trois tours de parc à grandes foulées !