Le réseau TCL : pour nez audacieux

Il est des journées froides, chaudes, mi-douces ou mi-pluvieuses, où tout un chacun qui habite la ville est fatigué de fouler le pavé urbain d’une démarche élégante et altière. Les trajets sont trop longs ou trop courts, le temps capricieux, et la perspective de traverser un pont ou une passerelle vous paralyse (les jours de grand froid, pensez au bonnet – certains ont perdu une oreille – quant aux jours chauds, prenez garde au vent torride qui vous amène en plein visage tous les débris que peut accumuler le bitume d’une ville) et c’est là que contraint, et même pourrait-on dire contrit, vous n’avez d’autre choix que d’emprunter le fascinant et somptueux réseau TCL (les plus audacieux choisiront d’enfourcher un Vélo’v, aux risques et périls de leurs précieux bijoux de famille : si vous ne me croyez pas, essayez de faire une petite descente mais en l’air à Saint-Paul. Vous ne me remercierez pas).

Si certains considèrent la présence d’un réseau métropolitain comme une excellente chose (et, admettons-le, que ferions-nous sans), d’autres peuvent se sentir incommodés aux heures de pointe. Une chose est sûre : il ne faut craindre ni les odeurs corporelles ni l’étroite proximité avec autrui. L’avantage de vivre dans une grande ville, c’est qu’on ne s’y sent jamais seul – on aimerait peut-être l’être un peu parfois, quand à la fin d’une journée de dur labeur, les bras levés de tout un wagon évoquent la douce fragrance d’une canalisation bouchée. Mais considérations olfactives mises à part, vous pouvez aussi observer dans le reflet des double-vitres la faune fascinante qui vous entoure, et peut-être (qui sait ?) croiser le regard de celui ou celle qui fera de votre vie un feu d’artifice permanent, ou même lui tomber dessus à un arrêt trop brusque (je suis certaine que certains chauffeurs un peu nerveux sont, malgré eux, à l’origine de rencontres amoureuses inopinées).

En été, certains préfèrent prendre le bus, c’est l’occasion de se faire gentiment balloter tout en ayant le loisir d’observer, à leur insu, les automobilistes explorer avec ardeur la profondeur de leurs cavités nasales. La chaleur est étouffante, mais vous avez certaines consolations : les orteils velus de votre voisin évoquent soudainement la douceur des plages portugaises, dehors les mouettes remplacent un instant les pigeons et se pressent au-dessus du pont de la Guillotière. En fait, on se croirait presque en vacances, et même la tempête de postillons de votre voisine qui s’égosille au téléphone n’entache pas votre bonne humeur. Quant au tram, ne craignez pas les effluves qui émanent fréquemment du sol, reliques de la soirée alcoolisée d’une jeunesse en transit. Laissez votre place assise à une personne mal en point ou tout simplement fatiguée par le poids des années : à Lyon, on aime son prochain

Et rappelez-vous que la véritable Audace, c’est de vous placer, un jour de grande chaleur, sous les aisselles suavement offertes d’un(e) Lyonnais(e) plus grand(e) que vous. Métro, bus ou tram, ça, c’est à vous de choisir.