LYON ET SES TOURISTES !

Comme toute grande ville qui se respecte, Lyon attire de nombreuses personnes pourvues d’un dictionnaire portatif, d’un appareil photo flottant sur une chemise légère et parfois fleurie, de tongs ou tout autre type de chaussure laissant respirer des orteils fatigués de déambuler nuit et jour, et de petits sacs portés autour du ventre communément appelés « bananes » (le ridicule du nom correspond au ridicule de l’objet). En assumant totalement l’esprit de cliché dont je fais preuve en écrivant ces lignes, vous aurez tous compris que je parle, bien évidemment, du touriste.

Le touriste qui vient vagabonder à Lyon a du pain sur la planche, et il le sait. La carte soigneusement pliée dans la sacoche, prête à être dégainée à chaque instant d’égarement (le GPS sur smartphone est réservé à une génération plus moderne, mais offre l’inconvénient de garder les yeux rivés sur un écran quand la vue des somptueux bâtiments et des couchers de soleil sur les quais vous échappe). On les croise le plus souvent en été, cheminant par les rues, se foulant les chevilles sur les pavés disjoints de la rue Saint-Jean ou attablés aux terrasses des bouchons soi-disant typiquement lyonnais qui leur offrent sans vergogne une boîte de gratin dauphinois William Saurin passée au micro-ondes pour la modique somme de vingt-cinq euros. Croyez-moi, ils y en a qui se frottent les mains dès l’arrivée des beaux jours.

Dans le bus, vous les voyez bien embarrassés (ils n’osent pas s’asseoir de peur de rater leur arrêt) et vous tentez de leur venir en aide sans trop parvenir à comprendre où ils veulent aller – une charmante dame italienne m’a demandé dix fois « il fiumo » jusqu’à ce que je comprenne qu’elle ne voulait pas me taxer une clope mais se rendre aux quais de Saône. Je me suis dit que la prochaine fois que j’irai à l’étranger, je tâcherai d’apprendre au moins quelques mots, histoire qu’on ne me regarde pas comme si j’étais la preuve qu’il existe une vie extraterrestre. A savoir que le pire, c’est quand vous êtes vous-même paumé et que c’est un touriste qui arrive à vous renseigner (véridique). Il ne vous reste plus qu’à aller noyer votre honte dans le fleuve le plus proche et vous faire grignoter lentement par des poissons mutants ou vous faire jeter des fruits pourris par les passagers de la navette fluviale (au choix).

Le moment de l’année le plus propice à l’invasion touristique est sans doute la Fête des Lumières. Sur les quais du Rhône se pressent dès le début du mois de décembre une armée de cars gentiment garés à la file indienne, d’où s’extraient par centaines des citoyens enthousiastes venus de toute l’Europe. Au début, ça vous fait chaud au cœur, tous ces gens qui viennent honorer votre ville. Vous êtes émus de les voir photographier indifféremment bâtiments classés au patrimoine mondial et pigeons amassés sur le trottoir. Rapidement, quand vous ne pouvez plus sortir de chez vous sans être coincé entre les aisselles suantes d’un portugais et les postillons de sa femme, vous regrettez un peu que l’événement attire autant de monde.

Vous les trouvez quand même Audacieux, ces touristes. Il en faut de l’Audace pour se repérer dans le réseau TCL et se frotter à ses odeurs conviviales, pour se trouver une place à l’ombre en terrasse à 18h aux Terreaux, pour s’attaquer à la colline de Fourvière et à celle de Croix-Rousse à pieds dans la même journée, pour subir les regards exaspérés des visiteurs du musée des Beaux-Arts quand vous n’arrivez pas à faire taire vos gamins surexcités. L’Audace du touriste, c’est de choisir Lyon comme terrain de vacances, loin du tumulte parisien et de la chaleur torride du sud. De mon avis comme du vôtre, il ne sera pas déçu.