NUIT #1 : L’après.

Au sortir des boîtes noires musicales, l’extase est à son paroxysme. C’est l’heure de fermer les lieux mais surtout pas mes petits yeux. La nuit s’est écoulée doucement quand nous étions à l’intérieur de l’enfer. Nous sommes retourné parmi les vivants. Le jour nous le fait savoir. Il nous cogne de sa lumière brûlante. Comme des vampires au petit matin nous courrons à notre perte. À notre manière à nous. Le soleil est irritant mais ne peut nous transformer en petit tas de poussières ; Il peut seulement détruire l’arrêt du temps qui s’était opéré dans nos horloges biologiques. La musique et nos cernes sont les uniques mesures de temps. Nous entamons la quatrième étape de l’illusion nocturne. L’alcool étant l’arme fil-rouge de la nuit, arme de destruction massive des cellules raisonnables et consciencieuses. Et je n’ose même pas parler des armes blanches qui détruisent les cellules de méfiance, de fatigue et d’inhibition. Nous procédons à l’étape cinq de la nuit : l’après. L’après-soir, l’après-santé, l’après-raison, l’après-soleil, l’après-tout. Cesserait-on de détruire tout ce qui a de raisonnable en nous ? Il est si doux et agréable d’être libre de danser, de rire, d’être irraisonné, d’être ce petit monstre de la nuit. Pour l’étirer et huiler nos corps-machines, nous partons à la recherche de fioles d’apothicaires. Mes jambes chamallow déambulent ici et là en dissociation avec mon esprit. Ce dernier réduit en juke-box automatique rempli de morceaux-boumboum et d’électronique écrasant mes neurones les uns contre les autres. Je m’extasie à l’idée de danser encore et de ne jamais m’arrêter. Je reçois des signaux électroniques de mon cerveau-labyrinthe : il veut boire encore, danser toujours, ne jamais dormir. C’est ainsi que la lune a poussé son cri et rassemblé son armée de petits monstres de la nuit.