NUIT #2 : Le dilemme

C’est cette heure tardive, où tout être ne frappe plus le sol du tempo agaçant de la musique électronique qui nous plaisait tant, quelques minutes auparavant. Même Margaux s’est avachie dans le canapé après neuf heures de danse effrénée, à rouler des mécaniques rouillées. Le soleil s’est levé depuis un moment, mais les stores cachent déjà ses rayons. Une tension est palpable et pourtant tout le monde paraît si calmement effondré dans n’importe quel mobilier mou. Les gobelets en plastique remplis de vin-cendre n’attirent plus personne et les mégots à demi fumés dans les cendriers se languissent d’être ainsi jonchés les uns sur les autres créant une montagne puante… C’est assez cocasse cette Pensée qui me vient. Tout le monde se regarde, les yeux vrillant vers des pensées embrumées. Chacun revoit dans sa tête le film de la soirée : le verre renversé sur cet inconnu, mes lèvres posées sur un inconnu, cette conversation enflammée avec une inconnue et ce regard volé à mon inconnu. Mais cette Pensée redondante vient ruiner ce panorama de souvenir déjà si frêle, déformé par tout ce qui a oblitéré ma vision. Je ne sais plus où regarder, je suis égaré dans les profondeurs de la musique. Cette Pensée insiste encore et encore pour me torturer. J’ai oublié les bagarres, les regards sombres et les bêtises que j’ai pu répéter. Il ne reste alors que le beau et le poétique. Mais ce dilemme revient à la charge et m’empêche de rester béat. Je me pose cette question sans cesse. Et en même temps qu’elle me ronge, elle m’amuse car je me rends déjà compte de sa frivolité, de sa puissance si éphémère. Un choix qui n’en est plus un, tiraillé entre le désir et le devoir. Entre l’esprit d’équipe et l’égoïsme. Entre le bon et le bien. Entre le raisonnable et l’excès. Dois-je rester ou dois-je partir ?