NUIT #SONORE : Chronique des Nuits agitées…

00h37. Ancien marché de gros. L’immense logo « NS » projeté sur les hangars prend des airs de Batman à Gotham City. En tout cas les chauves-souris sont au rendez-vous. Une force qui dépasse l’entendement se prépare au milieu de mon ventre et va rebondir sur chaque personne présente autour de moi. Je suis encerclé par des fêtards. Les gourous de la Nuit se mettent en place, ils orchestrent la ferraille et la taule qui résonne partout. Ils branchent leur génie aux immenses statues de bruit vers lesquels les festivaliers vont se prosterner. Ces immenses pierres vibrantes vont bousculer des rangées entières de petits monstres enivrés des décibels. Il faut vivre le festival de Nuit pour comprendre cette force qui nous pousse à se rapprocher toujours plus près des statues sonores et leur maître des platines. J’y découvre une ambiance presque spirituelle. Chacun, à sa manière, vivra un long voyage à travers la musique, la bière et les étoiles et c’est avec Paula Temple que je monte dans la première fusée. J’ai l’image d’une immense foule, forte, regardant vers la même direction. Plus ou moins en transe, on tente tous de communiquer par des moyens inhabituels. Le corps se retrouve presque enfermé dans une communication primaire : il ne sait plus que crier, bouger ses membres de manière désordonnée, sautiller, soupirer et fermer les yeux pour laisser les ondes de Peaches pénétrer chaque pore de la peau. La magie lunaire fait son effet, les festivaliers garous ne boivent plus que des poisons à bulles acidulées. Chaque hangar est une planète avec sa propre bulle atmosphérique. Elle filtre le bruit des autres et amplifie son propre son. Seul les électrons sautillants peuvent voyager. « A l’heure opportune » où l’on rencontre quelqu’un que l’on reconnaît, c’est comme si le temps c’était arrêté et accéléré aussi sec. Ma joue est ondulantes sur les boumboum de Pantha du Prince, chaque sonorité fait trembler un de mes os devenu métallique. Nos oreilles frémissent et aux recoins des yeux on sent une béatitude que seul l’art de la contemplation peut dessiner sur notre corps tout entier. Je suis en phase avec mon prochain : cette demoiselle vibre aux sons de Red Axes et la regarder me fait vibrer. Mes lunettes de soleil (encore elles) devenues un filtre contre la lumière, contre la chute de mon esprit, et contre le regard des autres parfois insistant. La foule est électrique éclectique. Tous les yeux sont hallucinés et les visages rapides. Les flashs laissent apparaître l’existence de chacun face à la musique. Je contemple les jets lumineux minimalistes et les danseurs autour de moi qui me font frémir les lèvres. C’est l’heure d’atterrir. Chacun s’agrippe aux morceaux de rêve qui tombent, en pluie, sur nous. C’est dans la fusée de Dixon que je choisi d’atterrir, mes pieds frôlent le sol déjà maculé des déchets de notre traversée hypnotique. Le silence et la lumière viennent doucement, et pourtant violemment, briser toute possibilité de repartir dans les hauteurs des hangars. Chacun revient à soi, l’esprit vidé d’inquiétude, de contradiction, de force négative.

L’évasion était un succès. Chères Nuits, vous avez marqué la fin d’une épopée interne, une redéfinition sociale, une contemplation salvatrice et le besoin de la musique ! A l’année prochaine pour un nouveau voyage…